Une clé pour faire reculer l’arthrose
06/07/12

Actuellement, on ignore encore si le déclenchement de l’arthrose est dû à l’altération du cartilage ou aux autres processus. En revanche, les résultats de ces phénomènes sont bien connus : le cartilage des articulations concernées devient rugueux et mince. Les os s’usent progressivement, ils  s’abîment et ont tendance à changer de forme, en constituant par exemple des éperons osseux, appelés ostéophyte. Pour les personnes atteintes,  l’arthrose ne fait pas de cadeau : parmi ses symptômes les plus courants, elle provoque des craquements de l’articulation lorsqu’elle est sollicitée, des raideurs et des douleurs. A terme, l’arthrose handicape réellement la vie des malades. Elle les conduit à un isolement social, tant bouger leur est devenu pénible.

Une aide limitée

Jusqu’à présent, les principaux traitements proposés aux malades consistent à tenter de soulager leurs symptômes. Une perte de poids, de la kinésithérapie et la pratique de certains exercices permettent, dans une certaine mesure, de soulager les douleurs. Lorsque cela ne suffit pas, place aux pistes médicamenteuses, qui vont du paracétamol aux anti-inflammatoires non stéroïdiens, en passant par des dérivés de cortisone ou des glucosamines ou, entre autres, parfois, par des injections d’acide hyaluronique. Ces différents produits parviennent généralement à réduire les symptômes. Mais l’arsenal thérapeutique reste pauvre. Et il est en tout cas insuffisant pour contrer la progression de la maladie. Dans un certain nombre de cas, les douleurs et les dégradations de l’articulation finissent donc par mener sur une table d’opération, afin qu’un chirurgien remplace l’articulation souffrante par une prothèse.

Déjà considérée comme un véritable problème de santé publique, selon les experts, dans les années à venir, l’arthrose va affecter encore un plus grand nombre de personnes. Dans ce contexte, l’étude d’une molécule capable de stopper la progression de l’affection représente une piste plus que séduisante…

Un médicament peut en cacher un autre  

 Question : comment et pourquoi un traitement destiné à l’ostéoporose post-ménopausique a-t-il pu être envisagé également contre l’arthrose ? Ces deux affections ont des causes et des conséquences en partie ou totalement différentes. Ainsi, l’ostéoporose se définit comme une maladie caractérisée par une diminution de la masse osseuse. Elle conduit à une fragilité osseuse et à une augmentation du risque de fractures, en particuliers des vertèbres, des poignets et du col du fémur. (Lire : L'ennemie silencieuse)
 
« Le ranelate de strontium est effectivement un médicament initialement développé dans l’optique précise du traitement de l’ostéoporose post-ménopausique, confirme le Pr Reginster. Il a été enregistré et commercialisé en Europe, en Amérique Latine, au Moyen Orient et en Asie. Il se caractérise par un mode d’action unique. En effet, il associe une inhibition de la résorption due aux ostéoclastes et une stimulation de la formation d’ostéoblastes. Ce traitement qui agit sur la structure de l’os a démontré son efficacité dans une très large population de femmes ménopausées, allant de celles présentant de l’ostéoporose en début de ménopause à celles âgées de plus de 80 ans avec une ostéoporose sévère et, plus récemment, chez l’homme ostéoporotique.

Arthrose-genou

Ainsi, il parvient à réduire les fractures au niveau du rachis, du squelette appendiculaire et de la hanche chez les personnes à risque. Sa facilité d’utilisation (contrairement à d’autres traitements, il ne nécessite pas de rester debout une demi-heure après la prise du médicament ni de boire des quantités importantes d’eau pour éviter le contact avec la muqueuse oesophagienne) contribue à sa bonne acceptation par les patients. » Mis sur le marché en 2006 en Belgique sous le nom de Protelos, il est remboursé depuis 2007 et est largement prescrit. Mais pourquoi penser à lui pour une nouvelle cible thérapeutique ?

En fait, progressivement, différents éléments ont mis « la puce à l’oreille » des spécialistes et les ont incités à se demander si cette molécule ne pouvait pas avoir, également, un effet dans l’arthrose. Ainsi, des études précliniques avaient montré que le ranelate de strontium ajouté à des cultures de chondrocytes humains permettait de stimuler la production de collagène II et de protéoglycans de haut poids moléculaire, c'est-à-dire des composants de la matrice cartilagineuse. Cela signifie que la molécule parvient à restaurer une balance entre la formation et la dégradation du cartilage. Autre indice : « Au niveau de l’os sous-chondral de chiens qui avaient subi une section du ligament croisé antérieur, on a noté, après la prise de ranelate de strontium, une diminution de la sclérose, ce qui reflétait un effet bénéfique et préventif de l’arthrose », ajoute le Pr Reginster. Forts de ces différents signes, il a été décidé de passer sur l’homme (et la femme) à travers de grandes études.

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