Matonge, histoire de l’immigration congolaise
12/06/12

Tourisme de luxe

Une histoire qui commence au début des années 60, lorsque l’indépendance du Congo est proclamée après 52 ans de colonialisme belge. Une certaine élite congolaise, fortunée, se met à voyager. Bruxelles devient une destination à la mode. La présence de ces « nouveaux touristes » va se cristalliser autour de la Porte de Namur, de l’ambassade du Congo et de la ligne de bus ralliant l’Université libre de Bruxelles. Bref, autour de ce qui ne s’appelait pas encore Matonge.

Ce nom est en réalité celui d’un quartier animé de Kinshasa, bien connu pour ses bars et ses restaurants. Le même esprit sera transposé dans le triangle bruxellois. Durant les années 70, plusieurs dancings y ouvrent leurs portes. Parmi lesquels le « Mambo », discothèque qui voit défiler entre ses murs les plus hauts représentants de l’élite congolaise, les ambassadeurs africains en poste en Europe, des célébrités comme Bob Marley, quelques membres de la haute société belge. Beaucoup d’hôtesses de l’air, aussi : à l’époque, la compagnie aérienne Air-Zaïre propose pas moins de cinq vols par semaine ! Toujours remplis d’hommes politiques, de fonctionnaires et de commerçants, « qui avaient envie de venir passer le week-end à Bruxelles, parfois juste pour manger des moules-frites !, raconte Sarah Demart. Certains politiques pouvaient flamber jusqu’à 7.500 euros en une soirée. Ce qui prouve que l’argent pouvait inverser les rapports de force sur base raciale et qu’il n’a décidément pas de couleur… »

Lieu de fête, de passage, puis rapidement de commerce. Les Congolais investissent les magasins des galeries d’Ixelles, progressivement délaissées par les commerçants belges.

À l’époque, pas question de s’installer en Belgique. Matonge n’a jamais été un lieu de résidence. On y vient pour s’amuser, faire des affaires, étudier à l’université. Toujours avec l’idée de repartir ensuite au pays. Devenir réfugié ? Hors de question ! Jusqu’au début des années 80, ce statut est synonyme de honte, de scandale, d’infamie. Celui qui devient citoyen belge doit supporter les regards et les insultes. « Tala ngunda oyo ». « Regarde-moi ce réfugié ».

Matonge-Ixelles

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