La médiation scolaire
16/05/12

Bilans et perspectives

La médiation comme dispositif ne jouit pas encore d'une légitimité acquise au sein des établissements. « La réception de la médiation est variable et ne va jamais sans heurts puisqu'elle remet en question des pratiques et des relations de pouvoir en principe asymétriques entre l'élève et l'enseignant. La remise en question, en particulier pour les adultes dont on attend qu'ils soient ceux qui inculquent, est toujours difficile. Pour un directeur d'école par exemple, c'est accepter dans son école une personne sur laquelle on n'a pas ou très peu d'emprise: on comprend que ça soit difficile, d'autant que, dans la pratique, les médiateurs viennent parfois reprendre le rôle que d'autres jouaient déjà. On constate en tout cas que la médiation contraint les acteurs du monde scolaire — parents, élèves, enseignants — à se repositionner les uns par rapport aux autres. Dans ce contexte, la relation de ces personnes avec les médiateurs prend du temps à se consolider » explique Baptiste Dethier. Et le professeur Kuty d'ajouter: « Le médiateur arrive sur un terrain où certains acteurs entendent préserver un fonctionnement qu'ils estiment légitime. D'autres, au contraire, sentent l'évolution. Sur quoi débouchera ce conflit? Espérons qu'il ira dans le sens d'un pluralisme normatif, à la faveur de nouvelles alliances entre acteurs du monde scolaire ». Le long chapitre de Baptiste Dethier fait toutefois ressortir, de la bouche des médiateurs qu'il a patiemment interrogés, que la médiation demeure au bout du compte relativement bien acceptée, en particulier des élèves, et répond à un besoin. « Elle viendrait en remède à une réelle souffrance dans les relations à l'école, que l'on pourrait résumer en disant que tant les élèves que leurs profs ne se sentent pas entendus et reconnus dans leurs rôles respectifs ». La médiation, apparemment en phase avec la société telle qu'elle se vit aujourd'hui, parviendrait à favoriser un climat relationnel au sein des écoles. « Un médecin me confiait un jour qu'il se voyait comme un consultant en ressources pour la trajectoire de vie de son patient, ajoute Olgierd Kuty. Ce qui était autre chose qu'un rôle d'inculcation de normes de conduite. C'était une attitude de mise à disposition de ressources, que le patient consommait toutefois en toute autonomie. Il y a de cela dans le rôle du médiateur scolaire aujourd'hui ».

Dans ses dernières pages, l'ouvrage de Kuty, Schoenaers, Dubois et Dethier, formulant une réflexion sur la diffusion prochaine de la médiation dans le monde scolaire, pose l'hypothèse d'une médiation « en phase de structuration et d'opérationnalisation », par-delà donc la polysémie, le polycentrisme et le polymorphisme qui la caractérisent actuellement. « Toute nouveauté organisationnelle commence généralement par un moment d'éclosion ''chaotique''. (...) Des acteurs connectés les uns aux autres s'emparent d'une idéeMediation-scolaire1 nouvelle, se l'approprient à leur manière et y donnent une consistance particulière sans nécessairement interagir entre eux. Ce n'est qu'ensuite qu'une phase de structuration de l'action voit le jour » écrit Frédéric Schoenaers. C'est à l'étude de cette phase de structuration et, donc, de légitimation de la médiation scolaire que Baptiste Dethier consacrera une partie de sa recherche doctorale, laquelle examinera « comment se concrétise la médiation dans les écoles » et posera, entre autres, la question de la médiation comme nouvelle dimension de la pratique professionnelle des enseignants.

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