La médiation scolaire
16/05/12

Premiers constats

Mediation-scolaire2Qu'est-ce alors que la médiation scolaire dans le paysage belge francophone? Au coeur de cet ouvrage collectif-ci, l'enquête de Baptiste Dethier, fondée sur une batterie d'entretiens semi-directifs (c'est-à-dire des discussions encadrées par une grille d'entretien) avec quelque 27 porteurs du titre de médiateurs scolaires, permet d'en cerner les contours. Et de poser un premier constat: celui d'un éclatement considérable des services de médiation. Le plus important, le Service de Médiation Scolaire de la Communauté française, est ainsi bicéphale: une section bruxelloise (le SMSB) ainsi qu'une section wallonne (le SMSW). La première compte quelque 56 médiateurs « internes », c'est-à-dire attachés chacun à une quarantaine d'établissements en région bruxelloise, tandis que la seconde dénombre une trentaine de médiateurs « externes », répartis dans différentes zones géographiques de la région wallonne où ils n'interviennent qu'à la demande. Leurs missions ont essentiellement trait à la prévention de la violence et du décrochage scolaire. En région bruxelloise, on peut aussi compter sur les « services communaux de médiation » présents dans la quasi totalité des 19 communes du territoire. Ces services sont composés de médiateurs externes dont les missions sont également centrées sur la prévention et l'information. On ne poussera pas plus loin cette énumération, qui aurait également pu aborder les services diocésains ou encore ceux déployés par la ville.

Pour le sociologue Frédéric Schoenaers, dans un chapitre qu'il consacre à l'analyse des données empiriques de Baptiste Dethier, ce paysage institutionnel bigarré est marqué par un important polycentrisme. « La prise en charge de la médiation n'est assurément pas le fait d'un acteur unique (un ministre par exemple, ou encore une administration centrale de l'éducation et de l'enseignement) qui centraliserait son organisation et sa définition ''institutionnelle''. Au contraire, depuis son émergence dans le champ éducatif, plusieurs instances s'en sont emparé » écrit-il, soulignant leur manque de coordination.  Au-delà, la médiation scolaire est aussi polysémique (pluralité de sens) et polymorphe (pluralité de formes). « A écouter les professionnels de la médiation, on se rend compte qu'il n'existe pas de définition stabilisée et partagée unanimement par tous de ce qu'est ''la'' médiation scolaire ». Il existe certes un « consensus minimal » essentiellement fondé sur la neutralité et l'indépendance du médiateur. Cependant, « certaines controverses observées entre médiateurs mett[ent] par exemple aux prises une conception exclusivement réactive de ce que devrait être la définition de la médiation (réponse à un conflit interindividuel singulier) et une conception préventive (la médiation a pour but d'anticiper, par un travail de détection des problèmes, toute une série de situations conflictuelles) ». Le « polymorphisme » renvoie, lui, à une multiplicité des formes d'intervention des médiateurs scolaires. Baptiste Dethier l'explique en ces termes: « Chez certains, la médiation est envisagée de manière assez précise et même traditionnelle, en référence à des types de médiation (familiales, pénales) davantage institutionnalisées. Le médiateur est alors un tiers neutre, indépendant et dont le métier n'est pas d'apporter des solutions, mais d'aider les personnes à s'entendre. Chez d'autres en revanche, la médiation est perçue comme une activité plus largement dévouée à la création de lien social, à l'accompagnement des personnes sinon même au coaching, et non plus seulement à la gestion du conflit. D'autres enfin vont jusqu'à affirmer qu'ils ne font pas ou très peu de médiation, et que leur activité professionnelle pourrait, pour le coup, tout aussi bien porter un autre nom, sans qu'ils s'accordent sur une alternative ». En dernière analyse, le mode de diffusion de la médiation dans les établissements scolaires apparaît, conclut Frédéric Schoenaers, comme « relativement éclaté. Il y a éclatement des preneurs d'initiatives, éclatement des définitions et éclatement des pratiques professionnelles ».

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