Un poumon vert à revitaliser
14/05/12

placette« C’est la toute première fois en cinquante ans qu’un inventaire multi-ressources est réalisé au Sart Tilman, déclare Jacques Rondeux.  Et, qui plus est, sur des bases scientifiques éprouvées. Jusqu’ici, on ignorait totalement l’accroissement annuel du matériel ligneux. Cette lacune pourra dorénavant être comblée, à la condition d’opérer de nouveaux mesurages à une périodicité de quelques années et, bien entendu, aux mêmes endroits ». Avec quels résultats, à ce stade ? La répartition des essences est, grosso modo, de deux tiers d’essences feuillues (au premier rang desquelles le chêne, puis le hêtre, le bouleau, etc.) et d’un tiers de résineux. Le volume de bois vivant sur pied est d’environ 390 mètres-cubes par hectare, soit une valeur très élevée par rapport à ce qu’on rencontre en Condroz liégeois duquel relève le domaine (mais  une valeur logique vu l’absence de traitement sylvicole préalable). L’arbre moyen, sur ces 205 hectares, présente une circonférence de 79 centimètres à 1,5 mètre de hauteur et un volume d’un demi mètre-cube.  L’inventaire a également permis d’évaluer le rôle de puits de carbone joué par le domaine du Sart Tilman. Les 205 hectares étudiés « stockent » environ 32.000 tonnes de carbone dans la biomasse vivante. Si l’on y ajoute le carbone stocké dans le bois mort et dans la litière, on arrive à une valeur oscillant entre 52.000 et 66.500 tonnes selon que la profondeur du sol retenue soit de 20 ou 100 centimètres. « Ces données sont, ici aussi, 1,5 à 2 fois supérieures à celles que l’on trouve dans la littérature à propos du Condroz liégeois. Cela s’explique par la grande quantité de matériel sur pied et la forte présence de bois mort. Si on les extrapole à l’ensemble du Sart Tilman, on arrive à une valeur située entre 80.000 et 90.000 tonnes de carbone stockées dans les arbres vivants et à une valeur oscillant entre 128.000 et 164.000 tonnes en incluant la litière, le bois mort et le sol».

Pas de coupe à blanc !

Le  volume de 390 mètres-cubes de bois vivant par hectare peut évidemment faire l’objet de prélèvements sous la forme de coupes d’éclaircie et de régénération. Mais pas n’importe comment !  « Il est hors de question de pratiquer la moindre coupe à blanc, ni d’intervenir avec des engins lourds dans un tel site, ni de tracer des pistes de débardage comme on en voit dans d’autres forêts, précise l’ancien responsable de l’Unité de Gestion des Ressources forestières et des Milieux naturels. La seule sylviculture admissible au Sart Tilman est une sylviculture douce, « proche de la nature ». On imagine d’ailleurs mal une université comme l’ULg, qui vient de s’enrichir d’une faculté agronomique et qui est dotée de la plus vieille école forestière du pays, ne pas être une référence en la matière. L’abattage, précis et ciblé, ne pourrait se faire que d’une façon manuelle (NDLR : à la tronçonneuse), seules certaines zones à résineux pouvant éventuellement être traitées par des engins mécaniques ».

Comment valoriser cette biomasse ? Le scénario envisagé est celui d’une exploitation tournante se limitant volontairement à une zone de quelque 20 hectares par an maximum. Cela signifierait que chaque zone ne serait « visitée » au maximum qu’une fois tous les douze ans de manière à permettre à la forêt de se régénérer et donc, aussi, de rajeunir. La  quantité de bois vivant récolté oscillerait alors entre 535 et 1850 stères annuels, selon qu’on retienne une exploitation de 2 ou de 7 mètres-cubes par hectare et par an.  Pourquoi ces deux chiffres ? Tout simplement parce qu’ils représentent - le premier étant volontairement prudentissime - l’accroissement naturel de la végétation ligneuse, c’est-à-dire le volume de bois supplémentaire produit du fait de la croissance des arbres. Broyé en bordure des parcelles ou à proximité d’un lieu de stockage, le bois prélevé pourrait être transformé en plaquettes (des morceaux de bois de quelques centimètres de longueur) qui, une fois séchées, pourraient alimenter une chaudière à biomasse : une solution particulièrement intéressante pour l’un ou l’autre bâtiment ou l’une ou l’autre infrastructure - actuels ou futurs - situés en périphérie du réseau de chauffage urbain.

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