Rendez-vous avec Vénus
5/14/12

carte-visib-1882Puisque 1882 est l’année géophysique internationale, les astronomes français et allemands installent, outre leur matériel habituel, des instruments de mesures géophysiques. Ceux-ci enregistrent des oscillations bizarres – on croit d’abord à une défaillance du matériel, mais on apprendra par la suite que ces vibrations étaient dues  à l’explosion du volcan Krakatoa en Indonésie.

Notons pour conclure que parmi toutes ces expéditions, il y en eut deux belges, l’une au Chili et l’autre à San Antonio, au Texas. Ces voyages astronomiques constituent la première mission scientifique organisée par le jeune royaume de Belgique. Les astronomes emportaient des instruments spécialement conçus pour l’occasion par le directeur de l’observatoire, Jean-Charles Houzeau, qui sera le premier astronome au monde à publier les résultats du transit de 1882.

Bien sûr, les retombées scientifiques de ces transits du XIXe siècle ne furent pas extraordinaires. Les mesures reposaient sur des méthodes trop anciennes pour être précises (méthode de Halley), ou trop récentes pour être fiables (la photographie). Néanmoins, William Harkness, un Américain qui avait repris le flambeau abandonné par Newcomb, calcula avec l’ensemble des données du XIXe siècle une parallaxe de 8,842 ± 0,012 secondes d’arc, ce qui correspond à une distance Terre-Soleil de 148 788 000 ± 199 600 kilomètres. Ce n’était pas si mal, finalement !


Photo-rescapée-1882


6. Le XXIe siècle a rendez-vous…

Aujourd’hui, l’observation du transit semble dénuée de tout enjeu. Pourtant, les astronomes utiliseront quand même cet événement pour faire des mesures, notamment pour sonder l’atmosphère de Vénus mais aussi pour étudier l’effet de « goutte noire » dans le domaine des rayons X ! Et quand bien même aucun intérêt scientifique n’y serait lié, les transits restent importants : outre le joli spectacle offert par notre soeur céleste, c’est l’occasion de se rappeler que la Science n’est pas chose aisée, et que des hommes lui ont sacrifié leur santé, leur réputation, voire même leur vie. Rendons-leur hommage… et rappelons-nous aussi qu’aucun de ces héros n’est plus en vie à l’heure actuelle, tout comme nous ne pourrons plus nous-mêmes témoigner lors de la prochaine vague de transits au XXIIe siècle.

Ces transits de 2004 et de 2012 seront aussi l’occasion d’un magnifique engouement populaire. Dès le début, des astronomes amateurs ont participé à l’observation du transit – en petit nombre d’abord, puis en masses plus compactes. Ensemble, fêtons ce rendez-vous céleste comme il se doit… et mesurons « pour jouer » la distance Terre-Soleil, à l’ancienne !

Références

Livres
• Six Months in Ascension, Mrs. Isobel Gill, 1878, disponible sur le site http://www.bweaver.nom.sh/gill/gill.htm
• L’oeuvre astronomique de Gassendi, Pierre Humbert, Hermann, Paris, 1936.
• The transits of Venus, Harry Woolf, Arno Press, New York, 1981.
• Les rendez-vous de Vénus, Jean-Pierre Luminet, Jean-Claude Lattès, 1999.
• Vénus devant le Soleil, livre coordonné par Arkan Simaan, coédition Adapt-Snes / Librairie Vuibert, 2003.

Articles
• A new method of determining the parallax of the Sun, or his distance from the Earth, Edmund Halley, 1716, Philosophical transactions, vol. XXIX, sec. R.S. N0348, p. 454
disponibles sur le site http://sunearth.gsfc.nasa.gov/eclipse/transit/HalleyParallax.html
• Captain Cook and the transit of Venus, Olin J. Eggen, 1957, Astronomical Society of the Pacific Leaflets, vol. 7, p. 337
• The 1769 transit of Venus observed by Velasquez from Lower California, Iris Higbie Wilson, 1964, Astronomical Society of the Pacific Leaflets, vol. 9, p. 145.
• Jeremiah Horrocks, the transit of Venus and the ‘New Astronomy’ in early 17th century England, Allan Chapman, 1990, Quaterly Journal of the Royal Astronomical Society, vol. 31, p. 33
• Transits, travels and tribulations I, J. Donald Fernie, 1997, Scientific American, vol. 85, p. 120 ; ibid. II, 1997, Scientific American, vol. 85, p. 418 ; ibid. III, 1998,
Scientific American, vol. 86, p. 123, disponible sur le site http://www.americanscientist.org/template/AssetDetail/assetid/28549 ; ibid. IV, 1998,
Scientific American, vol. 86, p. 422, disponible sur le site http://www.americanscientist.org/template/AssetDetail/assetid/27742 ; ibid. V, 1999,
Scientific American, vol. 87, p. 119, disponible sur le site http://www.americanscientist.org/template/AssetDetail/assetid/26610
• The Naval Observatory and the American transit of Venus expeditions of 1874 and 1882, Steven J. Dick, 2003 (chapitre 7 du livre Sky and Ocean joined : US Naval
Observatory, 1830-2000) , disponible sur le site http://www.usno.navy.mil/pao/History/ToV_Chapter_7.htm
• The 1882 transit of Venus and the Huguenot Seminary for girls, W.P. Koorts, 2003, Monthly Notes of the Astronomical Society of South Africa, vol. 62, p. 198, disponible sur le site http://canopus.saao.ac.za/~wpk/tov1882/tovwell.html
• The 1882 transit of Venus : the British expeditions to South Africa, W.P. Koorts, 2004, Monthly Notes of the Astronomical Society of South Africa, vol. 63, p. 34.
• A (not so) brief history of the transits of Venus, Daniel Hudon, février 2004, Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, vol. 98, p. 6.
• The transits of Venus, tales from the 18th century, William Sheehan, Sky & Telescope, février 2004, p. 47 ; The transits of Venus, tales from the 19th century, ibid., mai 2004, p. 33.
• The transits of Venus 2004, Udo Backhaus, 2004, disponible sur le site http://didaktik.physik.uni-essen.de/~backhaus/Venusproject/TransitEngl.pdf
• Fiches pédagogiques de l’Institut de Mécanique Céleste, disponibles sur le site http://www.imcce.fr/vt2004/fr/educ.html
• Numéro spécial « Transit de Vénus » de la revue l’Astronomie, vol. 118, mai 2004.

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