Rendez-vous avec Vénus
5/14/12

PJ-JanssenLa France tient évidemment à maintenir sa réputation. Elle envoie six expéditions à travers le monde : à Pékin (Chine), Nagasaki (Japon), Saigon (Indochine), Nouméa (Nouvelle Calédonie), et sur les îles Campbell et Saint Paul. La malchance poursuivit cependant encore les Français : un malade à Pékin, un mort de la typhoïde à l’île Campbell, et un cyclone sur l’île Saint Paul, juste après une observation parfaitement réussie… au milieu des manchots. Quelques problèmes aussi pour l’expédition japonaise. Celle-ci essuie d’abord deux typhons pendant le voyage. Les observateurs décident ensuite de changer de site d’observation : en décembre, la météo de Nagasaki est paraît-il meilleure que celle de Yokohama, la ville initialement choisie. À peine sont-ils arrivés sur place – avec cinq cents porteurs pour hisser le matériel au sommet du mont de Kompira – qu'une tempête détruit un des télescopes. Et le ciel, plutôt clément, est cependant loin d’être parfait le jour du transit – alors qu’il est radieux à Yokohama… Pour la petite histoire, notons que l’astronome Pierre-Jules Janssen participe aussi à l’aventure. Baptisé le « spécialiste des phénomènes fugitifs » par un collègue, Janssen s’intéressait aux éclipses de Soleil. Il s’enfuit même de Paris en ballon en décembre 1870 – la capitale française était alors assiégée par les Prussiens – pour observer une éclipse à Oran, en Algérie… ; mais lorsqu’il y arriva, des nuages le privèrent de l’observation tant espérée ! D’éclipses de Soleil par la Lune aux éclipses de Soleil par Vénus, il n’y a qu’un pas que Janssen franchit sans faiblesse. Pour l’occasion, il invente même un « revolver photographique » pour réaliser des séquences d’images rapprochées – cet appareil est considéré comme le précurseur du cinématographe des frères Lumière (Janssen sera d’ailleurs l’un des premiers sujets cinématographiés par les célèbres frères !).

installations-françaisesAvec une telle débauche d’énergie, les résultats auraient dû être meilleurs… l’amélioration fut presque négligeable. La photographie naissante restait plus qu’imprécise, et même avec l’introduction des « équations personnelles », des différences importantes subsistaient entre les mesures prises au sein d’un même groupe… L’astronome américain Newcomb, qui avait organisé les efforts de 1874, se dira même convaincu que la méthode de Halley ne fonctionnait pas. Pire : David Gill, qui faisait partie de l’expédition Lindsay en 1874, détermina en 1877 la parallaxe solaire avec une erreur de seulement 0,2% par rapport à la valeur moderne lors d’une opposition de Mars (8,78 secondes d’arc). La révolte gronde : l’observation scientifique du transit de 1882 est-elle bien nécessaire ?

Lorsque le gouvernement américain accorde des crédits aux astronomes pour financer leurs nouvelles expéditions, le New York Times entame une campagne de dénigrement à l’encontre du dispendieux USNO… Cela n’empêchera pas les astronomes de repartir aux quatre coins du monde : en effet, il faut au moins tenter de valider la valeur de Gill.

• 1882
En 1881, une conférence internationale se tient à Paris pour accorder les violons astronomiques en vue du transit de 1882. La France n’organise pas moins de dix expéditions sur le continent américain, lieu privilégié de ce qui doit être le dernier transit du XIXe siècle. Les Anglais envoient notamment Leonard Darwin, le fils du grand naturaliste, à Brisbane, en Australie. Les Américains financent huit expéditions, qui rapporteront au total plus de 1 700 clichés.

Observatoire-américainÀ cause des progrès techniques, de moins en moins d’anecdotes émaillent ces nouvelles missions. En France, on venait d’inaugurer l’observatoire du Pic du Midi, et deux astronomes parisiens furent invités à observer le transit depuis ce tout nouveau perchoir. Suite aux rigueurs hivernales, ils doivent cependant abandonner leur route et décident de rester 300 mètres en-dessous du sommet ; trois porteurs trouvent la mort dans une avalanche soudaine. Le jour du transit, le sommet est ensoleillé, mais les astronomes ont droit à des gros nuages qui voilent le Soleil… Le désenchanté Newcomb et son équipe s’installent pour l’occasion dans un séminaire huguenot pour jeunes filles sis à Wellington, en Afrique du Sud. Newcomb entraîne personnellement les jeunes élèves, qui mesurent le phénomène en même temps que les professionnels : certains assurent même qu’elles obtinrent les Meilleurs résultats !

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