Rendez-vous avec Vénus
5/14/12

Expedition-observations-CookLes Anglais, furieux, retiennent quelques otages, tandis que Banks et Green arpentent l’île pour retrouver l’instrument. Alors qu’ils sont à la recherche d’un chef tahitien qu’ils soupçonnent, les deux compères voient soudain passer devant leurs yeux ébahis un indigène transportant une partie du quadrant sous le bras. Ils se saisissent de lui, et exigent d’être conduits devant le chef indélicat. Devant l’assemblée réunie, Banks fait un discours qui émeut les insulaires – ou est-ce plutôt le tonnerre déclenché par ses deux pistolets qui les impressionne ? – au point qu’ils finissent par rapporter, l’un après l’autre, tous les morceaux de l’instrument.

Cook et Green bénéficient d’une météo superbe le jour du transit, et leurs observations – les seules prises au milieu du Pacifique – sont bien entendu de première importance. Cependant, la mission n’est pas terminée. Ils poursuivent leur expédition plus au sud-ouest, et découvrent la Nouvelle-Zélande, dont ils cartographient la côte pendant six mois. Ils repartent néanmoins, à la recherche du mythique continent austral : on pensait en effet à l’époque qu’il devait exister une grande terre dans l’océan Pacifique pour contrebalancer les terres de l’hémisphère boréal. Un peu plus à l’Ouest, ils rencontrent en effet un continent, l’Australie, dont ils cartographient 3 000 kilomètres de côtes en remontant vers le Nord. Ils atteignent la Grande Barrière de Corail, qui endommage gravement le vaisseau anglais, ce qui les contraint à faire escale à Batavia pour réparer les dégâts. Si Cook a réussi à écarter le spectre du scorbut pendant les longs mois passés en mer, il ne peut en revanche rien contre la malaria et la dysenterie qui exterminent ses hommes durant cette escale. Ils finissent par rentrer, toutes leurs missions accomplies, le 13 juillet 1771. L’équipage n’est pas sorti indemne du voyage : sur les 94 hommes embarqués, seuls 56 reviennent au port, et l’astronome Green n’en fait pas partie. Cook ne lui survivra que peu de temps : il repart en expédition, et meurt finalement, assassiné par les indigènes des îles Sandwich (aujourd’hui Hawaii) en 1779.

• Une colonie qui se développe
La Société Royale ne patronna pas toutes les expéditions britanniques. De nouveau, la colonie américaine entend se démarquer et prouver qu’elle n’a pas besoin de l’Angleterre – tant politiquement que scientifiquement. Indépendamment de la métropole, les Américains observèrent donc le transit, mettant eux aussi sur pied de petites expéditions. Des astronomes amateurs furent même impliqués, et on ne dénombre pas moins de 19 mesures de bonne qualité en provenance de la colonie. Outre-Atlantique, on connut aussi des initiatives privées, soutenues par un riche marchand de la ville de Providence, ou par l’American Society of Philosophy de Philadelphie, mais aussi des initiatives publiques. Une expédition prévue dans la région du Lac Supérieur dut néanmoins être annulée à cause du manque de soutien (financier surtout) du gouverneur en place.

L’Amérique naissante nous livre même une anecdote amusante : David Rittenhouse, horloger de son état et chef des astronomes américains pour l’occasion, avait décidé d’observer le phénomène depuis sa ferme, sise près de Philadelphie. Il est si excité par Vénus qu’il est victime d’une crise d’hyperventilation et qu’il s’évanouit avant même le premier contact. Il finit néanmoins par retrouver ses esprits, et tente quelques mesures avant la fin du phénomène.

4.3. Et ailleurs… l’honneur perdu de Maximilien Hell

Père-HellTout ne fut pas aussi drôle, comme le prouve l’histoire de Maximilien Hell, jésuite hongrois qui avait observé le transit de 1761 depuis Vienne. Il est invité par le roi de Danemark-Norvège à venir observer le passage de Vénus de 1769 depuis l’île de Vardø. Intéressé, Hell quitte Vienne le 28 avril 1768 avec un collègue jésuite ; ils sont rejoints en route par un astronome danois et un botaniste. Cette singulière compagnie arrive à destination le 11 octobre 1768. Le jour du transit, le ciel quelque peu nuageux s’entrouvre aux instants cruciaux, l’entrée et la sortie de Vénus. Heureux, ils entonnent un Te Deum et tirent un coup de canon pour remercier le ciel.

Cependant, Hell retarde l’envoi de ses données aux Français. Lalande les lui demande avec insistance, Hell refuse de les fournir. Les Français y voient la marque du mensonge : Hell n’a rien vu et tente simplement de « fabriquer » des mesures. En plus, c’est l’occasion rêvée pour discréditer encore un peu plus les disciples de Saint Ignace, peu en odeur de sainteté à l’époque. Hell finit malgré tout par présenter ses résultats à l’Académie danoise des Sciences le 24 novembre 1769. La controverse ne s’éteint pas pour autant. En 1835, le successeur de Hell à Vienne, Carl Ludwig Littrow, retrouve le journal de Hell. Il y découvre des choses étonnantes : ratures, corrections suspectes, données écrites avec une encre d’une autre couleur,... La mémoire de Hell semble salie à tout jamais, jusqu’à ce qu’un astronome américain, Simon Newcomb, se penche à nouveau en 1883 sur les documents originaux : il prouve que les changements notés par Littrow ont très certainement été faits au moment même du transit et non après. De plus, le daltonisme de Littrow était connu, et c’est par erreur qu’il a cru voir des encres de couleurs différentes. L’honneur de Hell est sauf. On se rendra même compte que ses observations figuraient parmi les meilleures du transit de 1769…

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