Video ergo cogito
04/05/12

La vidéo est un art mineur. Historiquement et esthétiquement coincée entre le cinéma et le numérique, elle peut dès lors jouer un rôle de passerelle entre les deux, et plus encore. Dans un ouvrage fleuve livrant un beau panorama de la question, Philippe Dubois ne prend jamais son objet sous l’angle unique de l’image. Car si la vidéo est certes une question d’image, elle n’est pas que cela. Elle est aussi un dispositif. C’est un tout, un ensemble, un état qui pense et qui fait penser au monde et à l’image en général. Elle titille, bouscule les tout-puissants que sont le cinéma, la télévision, l’art en général.

Dubois-vidéo-COUVL’ouvrage La question vidéo, entre cinéma et art contemporain (1) peut être vu comme un parcours, un itinéraire qui n’est pas contraint et délimité par un chemin, mais qui déambule dans un espace de jeu et de pensée libre, avec au loin un horizon assumé comme inatteignable, « qu’est-ce que la vidéo ? » Inatteignable car la vidéo, selon le postulat de Philippe Dubois, Professeur au Département des Arts et Sciences de la Communication de l’Université de Liège, n’est pas un objet, ni un verbe (video en latin signifie « je vois »), ni un qualificatif, ni une image, ni un dispositif ou une technologie, elle est un tout, un état nouveau, un rapport inédit aux choses. Elle pose des questions, interroge, secoue, mais n’apporte pas de réponses. C’est un état ambigu, hybride, un art mineur historiquement coincé entre deux géants, le cinéma et l’art numérique. Un mode de penser et d’interroger ce qui l’entoure, dont la périodicité historique se cloisonne entre la fin des années 60 et les années 2000, et qui s’alimente de l’Autre pour bousculer.

« La question vidéo, entre cinéma et art contemporain », c’est aussi pourtant, textuellement parlant, un chemin bien tracé, parallèle à l’évolution de la vidéo ; celui des recherches du Professeur Philippe Dubois. L’ouvrage est en effet une compilation cohérente de quinze textes rédigés entre les années 1980 et 2005, et répartis en quatre grandes parties. Autant de bouées restantes et flottantes qui témoignent de l’évolution de la pensée d’un homme qui a grandi avec la vidéo et qui s’est constamment penché sur le sujet depuis trente ans, tentant de le comprendre, de l’appréhender, de l’attraper, mais qui se heurtait continuellement au constat qu’elle lui filait entre les doigts, « comme du sable qu’on tient dans la main ».

Désolidariser l’esthétique et la technologie

En parcourant les 340 pages de l’ouvrage, on se rend donc rapidement compte qu’il ne nous sera pas offert de définition positive de la vidéo, mais plutôt toute une série de questions, qui nous proposent de réfléchir sur sa condition. D’un point de vue technique, on peut la définir, certes, mais il n’y a pas que cela, et Philippe Dubois prend soin d’éviter cet angle d’attaque. La technologie, c’est une évolution, une réalité, un cadre objectif, un outil qui offre des possibilités et impose des contraintes, mais elle n’influence pas ou peu la démarche artistique, la conceptualisation de l’art, et l’esthétique. Ainsi, d’emblée, se libérant de la technologie, le penseur peut cultiver l’anachronisme. Pas question d’imposer une vision téléologique et évolutive de l’art. Affirmer que l’art de l’image évolue et progresse vers une production, une création de plus en plus parfaite de l’image, c’est s’astreindre à la vision technologique. Mais l’intérêt est ailleurs, il est dans la transversalité.

(1) Philippe Dubois, La Question Vidéo, entre cinéma et art contemporain, Ed. Yellow Now, coll. Côté cinéma, 2011

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