Un salarié, ça se prête un peu, beaucoup, énormément…
02/05/12

De plus, pour progresser vers la piste d’un GE, l’équipe liégeoise s’est également inspirée du modèle danois, dont le fameux triangle d’or a fait couler beaucoup d’encre. Il combine trois éléments fondamentaux : la facilité des entreprises à embaucher et à licencier, une compensation de salaire élevée en cas de chômage et une politique active du marché du travail centrée sur la reconversion et la formation continue. Cette ‘flexicurité’, ainsi qu’on la nomme, a été présentée comme le fer de lance d’une stratégie européenne contre la mondialisation. Mais elle aurait dû passer par une réforme des marchés du travail de tous les pays de l’Union : elle inclut, entre autres, de plus grandes facilités de licenciements, contrebalancées par une augmentation des filets de sécurité lors du licenciement.

« On le sait, ces dernières années, la Belgique n’est pas devenu un pays « flexécurisant ». Mais ce modèle a mis un siècle pour s’imposer au Danemark et une vingtaine d’années aux Pays-Bas où, de surcroit, les mentalités et le modèle social sont très différents des nôtres. Néanmoins, nous avons estimé que ce modèle portait des idées intéressantes et qu’ici aussi, un nouveau compromis entre flexibilité et sécurité pouvait être utile aux acteurs de terrain, en ce compris les employeurs, les syndicats, les directeurs de ressources humaines et les travailleurs. Sans oublier les territoires, les secteurs locaux, les bassins industriels… En tant que Centre de Recherche-Action, nous avons donc décidé de  participer à l’émergence de nouvelles enveloppes de régulation sociale. Le GE est une des formules qui peut le permettre », détaille Virgine Xhauflair.

L’aventure liégeoise (et ses ratés) 

Grâce à un budget du Fonds Social européen, un projet-pilote de collaboration autour de nouvelles formes d’emploi entre des entreprises de la logistique liégeoise a donc pu être lancé. Il a inclus le Forem ainsi qu’un de ses centres de formation, et les syndicats. Dans la foulée de l’annonce de la fermeture de la phase à chaud d’Arcelor, le postulat consistait à tenter de reconvertir les emplois perdus de la sidérurgie dans la logistique. Un peu comme auparavant, dans la Nord de la Hollande, un flex pool avait permis de répartir des travailleurs en reconversion dans des entreprises en demande de main-d’œuvre…

« Nous voulions combiner la flexibilité nécessaire aux entreprises de logistique à la reconversion de travailleurs qui, grâce à la mutualisation, auraient pu garder un emploi à temps plein, précise Virginie Xhauflair. Malheureusement, le secteur de la logistique fait appel à beaucoup d’horaires atypiques, à de nombreux contrats temporaires et à une flexibilité très importante. Malgré l’implication des parties prenantes locales, notre projet, très ou trop ambitieux, a échoué. Nous avons alors compris qu’il nous fallait plutôt nous recentrer sur des projets de plus faible ampleur avec, au préalable, un important travail sur les besoins des entreprises ».

En orientant davantage les recherches vers un partenariat d’entreprises complémentaires, et grâce à l’implication de la Chambre du Commerce et de l'industrie de Liège, qui est devenu un acteur déterminant du projet, le GE Job'Ardent a finalement vu le jour (il existait déjà un GE agro-alimentaire à Bruxelles, Job Iris,). Au départ, 5 entreprises seulement s’étaient lancées dans l’aventure. Elles se partageaient en tout et pour tout… un salarié : un infographiste. Actuellement, 30 firmes emploient collectivement une dizaine de salariés. « Plus il y a d’entreprises impliquées, plus cela contribue à lever la pression sur les entreprises : en effet, elles sont toutes juridiquement solidaires. Plus elles sont nombreuses, plus les risques sont donc divisés. En cas de souci avec un salarié dans une entreprise, il est également plus aisé de lui retrouver un emploi ailleurs. Un nombre élevé d’entreprises permet aussi au gestionnaire de réaliser des économies d’échelle », précise Virginie Xhauflair.

Le bonus/malus des GE

Actuellement, Job'Ardent, géré par la Chambre du commerce liégeoise, s’apparente à un centre de partage de compétence, et il attire plutôt les PME. « Pour une grande majorité d’entre elles, il est difficile de gérer la croissance : le GE permet de s‘offrir, avec d’autres, expertise et compétences… pour peu que l’on s’ouvre un peu à ce concept de partenariat », plaide Virginie Xhauflair. Une ASBL, le Centre de Ressources sur les Groupements d’Entreprise en Wallonie, espère qu’un prochain financement régional lui permettra d’agrandir encore Job'Ardent et de créer de nouveaux GE.

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