Des psychrophiles à toutes les sauces
09/03/12

Un glace aux parfums psychrophiles

Pseudomonas FRLes bactéries psychrophiles ne sont toutefois pas les seules à être sollicitées par l’industrie. Les nombreuses propriétés des krills, ces petites crevettes provenant des eaux froides de l’océan austral, ont aussi été adaptées à toutes les sauces : alimentaire (avec notamment une huile riche en oméga 3), cosmétique (crèmes pour le visage…), médicale et pharmaceutique (agent anti-inflammatoire, prévention de réactions de rejets immunitaires, etc.)

Dans la famille des animaux marins adeptes des basses températures, on demande encore le poisson polaire, qui continue d’intriguer les scientifiques. En cause : sa capacité à supporter des températures inférieures à zéro degré sans congeler, grâce à la présence de protéines antigel dans son sang, qui inhibent le développement de cristaux de glace dans ses fluides corporels.  Une faculté qui n’a pas manqué d’intéresser l’entreprise Unilever, qui a entrepris d’intégrer cette fameuse protéine antigel dans ses… crèmes glacées ! Un moyen d’éviter leur cristallisation, tout en les rendant plus onctueuses et meilleures pour la santé (moins d’additifs, moins de matières grasses ajoutées). Merci le poisson polaire !

Bye bye, intestins de veau

Au-delà des applications industrielles, les psychrophiles peuvent également se révéler très utiles en matière de biologie moléculaire. Notamment grâce aux propriétés de la phosphatase alcaline. « Une enzyme très connue, assure Georges Feller. Par exemple, si l’on veut faire rentrer un gêne dans un plasmide, il faut d’abord l’ouvrir. Or celui-ci se referme automatiquement sur lui-même, presque comme un réflexe. La solution est alors d’éliminer un groupement phosphate grâce à une phosphatase alcaline. Jusqu’à présent, celle-ci était issue d’intestins de veau. La difficulté était ensuite de s’en débarrasser, pour que le plasmide puisse se refermer une fois le gêne inséré. Or ça, c’était très compliqué. On a donc eu l’idée d’utiliser une phosphatase alcaline sensible à la température et donc plus facile à éliminer et commercialisée sous le nom d’Antarctic Phosphatase. »

On le constate : les psychrophiles peuvent être utilisés dans une multitude d’applications. Un coup d’œil sur le site Bioprospector.org (base de données en ligne qui dresse la liste des différents brevets, produits commerciaux et sociétés qui étudient les ressources génétiques de l’Antarctique et de l’Arctique) suffit pour s’en convaincre. On pourrait encore citer la bioremédiation, où des microorganismes sont utilisés pour décontaminer des milieux pollués en hiver, les multiples usages médicaux et pharmaceutiques (recherche de nouveaux antibiotiques, médicaments anticancéreux, élaboration de produits neutraceutiques, etc.) ou encore les recherches en médecine vétérinaire, en aquaculture, en cosmétique…

« Il est très difficile de connaître toutes les applications, résume le chercheur. Car même si un brevet a été déposé, le secret industriel fait que l’on ne sait pas nécessairement de quelle source les enzymes sont issues. »

Le champ des possibles reste très large. Le potentiel des psychrophiles serait bien supérieur à celui des thermophiles, les premiers possédant une plus grande diversité et pouvant être appliqués dans des domaines plus variés. Autre point positif : ils contribuent à économiser de l’énergie et sont généralement moins nocifs pour l’environnement. Enfin, beaucoup de microorganismes sont encore à découvrir dans les régions polaires. La source de certaines innovations se trouve peut-être déjà dans les congélateurs de l’université, parmi les échantillons conservés bien au froid qui n’ont pas encore pu être analysés…

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