It’s not only rock ‘n’ roll, babe !
23/12/11

Les études des différentes déclinaisons du rock intègrent peu à peu les cursus universitaires. Et les publications s’enchaînent à une fréquence vertigineuse. Mais peu partent de l’angle musicologique pour comprendre intrinsèquement cette musique, avant de la contextualiser dans son époque. Une lacune qui ne pouvait pas persister indéfiniment. 

COVER Histoire RockL’histoire de l’ouvrage commence il y a sept ans, par un courriel de la célèbre maison d’édition Fayard. Elle est alors désireuse de commander à Christophe Pirenne, musicologue et historien de la musique aux Universités de Liège et de Louvain-La-Neuve, un ouvrage d’histoire de la musique rock. « J’étais flatté qu’ils me fassent confiance, se souvient Christophe Pirenne. Fayard est connu pour ses collections dans le domaine de la musique classique. Ses incursions dans le domaine des musiques plus populaires, plus actuelles, plus amplifiées sont rares. Et cette synthèse sur la musique rock était un magnifique défi. »

Magnifique, le défi allait également l’être par la quantité d’éléments à prendre en compte. Il s’agit en effet de plus de cinquante ans de musiques populaires produites dans un contexte culturel de production de masse dynamique, en constante évolution, et mettant en scène une série impressionnante de métiers. L’entreprise qui devait durer deux ans s’étale alors sur plus de six années. Et ce n’est certainement pas par fainéantise. « J’ai été confronté d’une part à l’organisation de la matière, qui est colossale, et d’autre part à l’explosion de la documentation dans le domaine des musiques populaires, qui font aujourd’hui l’objet d’une énorme émulation au sein de la communauté scientifique, particulièrement dans les sciences humaines. Le temps de trouver une méthodologie qui me paraisse adéquate, le temps de réunir la bibliographie et d’écrire le premier chapitre, les deux années initialement prévues étaient écoulées. »

Un panoramique méthodologique

En parcourant les pages de cet ouvrage d’une densité impressionnante (il dépasse les 700 pages), on comprend rapidement sa longue gestation. L’auteur emprunte la musicologie comme point de départ. Car un tel ouvrage n’existe pas. « Tout le monde est bien d’accord pour dire que le rock, c’est de la musique, constate Christophe Pirenne. Mais quand on survole la littérature sur le sujet, on découvre essentiellement des écrits relevant de la sociologie, de la biographie, ou d’évolutions technologiques, mais le rock comme musique, très peu de gens en parlent. Je voulais également montrer que même si l’œuvre existe en tant que telle, je ne suis pas naïf au point de croire que malgré leur don indubitable, Elvis Presley, Kurt Cobain, Kanye West aient vécu sur une île. S’ils ont fait leur musique, c’est parce qu’ils ont eu telle technologie, c’est parce qu’ils viennent de tel milieu, et qu’ils ont vécu à telle époque. »

D’où l’importance de s’autoriser des détours fournis en exemples et en anecdotes par des domaines aussi larges que l’histoire, l’histoire de la musique et des technologies, la sociologie, la socio-économie ou encore la biographie. Le chercheur articule avec une grande dextérité l’ensemble de ces approches pour analyser et comprendre cette musique de manière intrinsèque (structurellement, harmoniquement, du point de vue des instruments utilisés et du timbre recherché), mais également pour la replacer dans ses contextes culturels, sociaux, économiques, politiques et musicaux, bien entendu. Une multiplicité d’approches qui, bien ficelées ensemble, facilitent et augmentent les différents points d’entrée dans la lecture de l’ouvrage.

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