Lire, aimer, réécrire
08/12/11

Valerie MarneffeL’auteur s’est également laissé séduire par des femmes résolument contemporaines. À commencer par Marie, égérie de Jean-Philippe Toussaint qui traverse trois de ses œuvres : Faire l’amour (2002), Fuir (2005) et La vérité sur Marie (2009). Sans oublier Christine, le reflet littéraire de Christine Angot, tiraillée par sa vie amoureuse dans Le Marché des amants (2008).

Enfin, comme pour prouver que la réécriture amoureuse n’a définitivement pas de frontière de genre, Jacques Dubois conclut par un chapitre consacré à un duo homosexuel, le baron de Charlus et le marquis Robert de Saint-Loup, apparaissant dans Le Temps retrouvé (1927), afin de boucler la boucle en compagnie de Proust.

Autant de personnages que le professeur émérite n’hésite pas à se réapproprier, cherchant entre les lignes des personnalités différentes, propulsant certains sur le devant de la scène, allant parfois même jusqu’à proposer de nouveaux épilogues. Comme pour Valérie Marneffe, par exemple. « Balzac la présente comme une femme dangereuse, sans état d’âme, entretenant cyniquement et simultanément des relations avec cinq hommes. Pour moi, elle représentait tout l’inverse : l’exemple même d’une revanche sociale. Balzac la fait mourir de manière atroce, presque de pourriture. On retrouve là son côté réactionnaire : il faut réprimer et punir tout comportement antisocial. Je ne pouvais pas supporter cette fin. » Et d’imaginer Valérie, veuve et riche, qui ouvre un salon littéraire, où elle rencontre le jeune Victorin Hulot, qu’elle initie à la politique et avec lequel elle prépare la révolution de 1848. « C’est la fin que j’aurais voulu lire. »

L’imagination du professeur n’est jamais sans fondement. Elle s’appuie sur certains éléments du texte, qu’il tient pour des pistes vers une autre interprétation. « Pour reprendre l’exemple de Valérie Marneffe, Balzac la plaint dans un passage circonscrit d’avoir épousé un pauvre commis de ministère si mal payé par l’État français. Et c’est comme s’il justifiait Valérie d’avoir choisi de se faire courtisane dépravée dans le but de boucler ses fins de mois. Le roman contient donc une justification de sa conduite. C’est très balzacien : le romancier pense une chose puis son contraire. »

Une histoire de failles

Le « réécrivain » n’hésite pas non plus à affirmer à certains auteurs qu’ils font fausse route, qu’ils n’ont pas bien compris leur propre personnage. Remarque entre autres lancée à Jean-Philippe Toussaint à propos de Marie.  « Pour moi, ce n’est pas une personne terrestre, mais une nymphe », avance-t-il. Ce à quoi l’écrivain belge répondra, après avoir lu le texte, lors d’une conférence : « Que Jacques Dubois n’oublie pas que cette Marie est à moi. C’est moi qui l’ai inventée. »

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