Les dessous des « marchés financiers »
18/11/11

L’objectif de Geoffrey Geuens n’est pas de pointer quelques cas isolés qui feraient exception, mais de démontrer une logique proprement systémique. Les exemples qu’il cite ne relèvent en rien de la rumeur. Toutes les données qu’il utilise sont publiques. Encore faut-il savoir où les débusquer : sur les sites web des compagnies, dans les rapports annuels d’entreprises, les archives…

Et les médias dans tout ça ?

Enfin, dans la troisième et dernière partie de son ouvrage, le chercheur tente de rapprocher les deux premiers chapitres en « mettant à plat » le travail de légitimation rhétorique et la communication politique lors de la crise financière. « Le discours du pouvoir prend souvent la forme de l’universalité. C’est devenu quelque chose de naturel et cela engendre des effets de grande violence symbolique », constate-t-il.

Et de s’interroger sur les mécanismes sociologiques qui se mettent en place inconsciemment et poussent ceux qui occupent des positions de pouvoir à être convaincus du bien fondé de leur rôle. Et de s’intéresser par ailleurs à l’attitude des médias. De quelle manière ceux-ci se montrent « dépendants des sources officielles », en faisant systématiquement appel aux mêmes « experts se situant eux-mêmes à la frontière du  monde académique, de la haute fonction publique et de la haute finance. » Comme Bruno Colmant (pour ne citer qu’un exemple belge parmi tant d’autres) qui sera successivement directeur financier d’ING Belgique, chef de cabinet du ministre des Finances Didier Reynders, patron de la Bourse de Bruxelles et puis d’Ageas (ex-Fortis Holding). Associé à plusieurs prestigieux établissements académiques (UCL, Solvay Business School…) et, à ce titre, détenteur d’un important capital symbolique, il est également administrateur des sociétés Alcopa et Brederode, soit une série de positions-clés dans le monde des affaires bien moins souvent mentionnées par les médias faisant appel à son expertise.
Crash bourse
Pour en revenir aux comités des sages et autres task forces gouvernementales, trois ans après la crise, ils ont tous présenté des mesures assez similaires. « Des solutions qui ne mangent pas de pain » et qui, jusqu’à présent, n’ont porté aucun fruit. Quant à la dénonciation convenue des « excès » du capitalisme financier – aussi virulente qu’inoffensive – elle a déjà fait place à la pédagogie de l’austérité, précise Geoffrey Geuens. 

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