Les dessous des « marchés financiers »
18/11/11

Recapitaliser ! Réguler ! Contrôler ! Trois ans après le début de la crise économique et financière, les paroles des pouvoirs publics sont, pour l’essentiel, restées lettres mortes. Quant aux spéculateurs d'hier, dénoncés il y a peu encore pour leur cupidité et leur irresponsabilité, ils ont déjà été réinstallés par les pouvoirs publics à la tête de commissions de sages prônant une meilleure gouvernance de la finance... Dans son nouvel ouvrage, La finance imaginaire (1), Geoffrey Geuens rompt avec l'image désincarnée des marchés financiers que relaient, jour après jour, la doxa, et qui a pour effet objectif de laisser impensés les véritables bénéficiaires des mesures de crise et des politiques d'austérité à venir.

COVER Geuens financeLa crise, la crise, la crise et encore la crise. Qu’elle soit décrite comme financière, économique ou sociale, celle-ci semble s’immiscer partout. Dans toutes les déclarations politiques, dans chaque intervention médiatique. La dette de la Grèce et la fragilisation de la zone euro ? La faute à la crise. La banque Dexia au bord de la faillite ? La faute à la crise. L’arrêt de la phase à chaud dans le bassin sidérurgique liégeois annoncé par le groupe ArcelorMittal ? La faute à la crise. Encore et toujours.

Depuis quelques années, et plus particulièrement depuis le « krach » de 2008, l’économie serait devenue folle. Incontrôlable et incontrôlée. La finance aurait perdu la tête, noyée dans une mondialisation aux contours flous. Dominée par les hedge funds, pilotée par les agences de notation, ces structures monstrueuses sans visage et sans nom.

Une image d’Épinal que Geoffrey Geuens, chargé de cours au département des Arts et sciences de la communication de l’Université de Liège, résume en trois idées reçues étroitement liées les unes aux autres. L’économie serait aujourd’hui désétatisée-déterritorialisée-dérégulée. Désétatisée, car le pouvoir politique se serait aujourd’hui retiré des marchés, laissant libre cours à un capitalisme débridé. Déterritorialisée, car elle aurait désormais débordé des limites de l’État-nation pour devenir globale sinon même apatride. Dérégulée, car elle serait dorénavant indomptable, ne répondant à aucunes règles sinon celles de la concurrence effrénée.

Dans son nouvel ouvrage, La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des "marchés financiers" à l’oligarchie, l’auteur revient sur ces clichés qui trustent les discours ambiants. « La mondialisation est surtout un mot du pouvoir, avance-t-il. Cela ne veut pas dire que ce phénomène n’existe pas, mais cela signifie que cette "révolution" est avant tout intellectuelle et médiatique. Tant les journalistes, les experts, les (pseudos) savants que les altermondialistes utilisent, dans leurs analyses et leurs ouvrages, ces trois mêmes idées reçues. »

(1) Geoffrey GEUENS, La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des "marchés financiers" à l’oligarchie, Grande Bibliothèque Aden, Aden, 2011.

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