Le bol chantant
10/02/12

Lorsqu'on frappe un bol chantant « tibétain », il émet un son prolongé, harmonieux; lorsqu'on le frotte avec une mailloche, ce son est continu, jusqu'au phénomène de battement (le bol émet alors une sorte de « whou, whou », très prisé par certains lors de méditations). Mais si on le frotte lorsqu'il est rempli d'eau, des ondes apparaissent à la surface du liquide, bientôt suivies par la formation de gouttes, comme si l'eau se mettait à bouillir. Mais que se passe-t-il dans ces bols?

L'histoire commence lorsque Denis Terwagne, alors doctorant en physique au sein du GRASP (Group for Research and Applications in Statistical Physics) de l'université de Liège, effectue un séjour de trois mois au sein du laboratoire du professeur Bush au MIT à Cambridge (USA). La directrice d'un centre de soins voisin, dont les méthodes thérapeutiques sont basées sur la relaxation, se présente un jour à la porte du laboratoire, bol en main. « Pouvez-vous m'étudier ce qui se passe dans ce bol? » demande-t-elle au professeur Bush. Lequel s'empresse de confier cette tâche au jeune doctorant liégeois. Mission accomplie avec la publication des résultats dans Nonlinearity (1).

 

Les bols tibétains...n'en sont sans doute pas. Il semble en effet qu'ils soient originaires du Népal (du moins de toute la région de l'Himalaya) et que l'adjectif « tibétain » ait été ajouté pour des raisons commerciales, le public occidental étant très friand de tout ce qui a trait au Tibet! Leur usage est aussi sujet à controverse: instruments de musique? objets de culte? Les deux à la fois sans doute. En occident, ils se sont imposé comme instrument de relaxation et de méditation. Ce qui, par contre, est certain, ce sont les remarquables qualités acoustiques de ces bols, composés d'un alliage de plusieurs métaux, parfois jusqu'à douze. Ils résonnent harmonieusement lorsqu'on les frappe et produisent une « mélodie » envoûtante lorsqu'ils sont frottés à l'aide d'une mailloche. Lorsqu'ils sont remplis d'eau, un autre phénomène apparaît: dès qu'on frotte la circonférence du bol, la surface du liquide cesse d'être plane. Des ondes apparaissent, bientôt suivies, si on poursuit le mouvement, par l'apparition de gouttes, comme si le liquide se mettait à bouillir. Des gouttes qui semblent « léviter » au-dessus de la surface liquide. L'apparition de telles ondes avait déjà été observée en 1831 par le physicien anglais Michael Faraday, d'où le nom, « ondes de Faraday », qui leur a été données.

(1)Tibetan singing bowls, Denis Terwagne, John W. M. Bush, Nonlinearity 24 (2011) R51-R66

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