Youri Gagarine, 12 avril 1961: « Je viens du Cosmos ! »
04/07/11

Un vol très risqué

La nuit du 11 au 12avril, Youri Gagarine l’a passée dans une maisonnette rustique. C’est une relique qui est conservée intacte, avec son mobilier, sur le siten°1 au cœur du cosmodrome de Baïkonour. Aujourd’hui, tout équipage la visite quelques jours avant son départ pour l’espace. On s’est assuré, grâce à des senseurs placés sur son corps, que Gagarine a eu un sommeil tranquille. Les responsables de la mission ont multiplié les contrôles pour que tout se déroule le mieux possible. Ils sont tout de même inquiets. Le modèle amélioré de la fusée Semyorka qui doit placer Vostok-1 autour de la Terre a connu huit échecs en 15 lancements. Sur les sept essais du vaisseau habitable, seuls trois ont été réussis ! On estimait à 50 % - une chance sur deux – le taux de réussite de la mission.

Le 12 avril, Gagarine est réveillé vers 5 h (heure de Moscou), en même temps que son remplaçant, âgé de 25 ans, Guerman Titov (1935-2000). Un ultime examen médical montre qu’ils font preuve d’un grand calme. Tous deux passent à la salle d’habillage pour revêtir le scaphandre orange et mettre le casque. A 6 h 30, ils montent dans un bus qui les amène sur la plate-forme de lancements. En cours de route, sur le conseil de Serguey Korolev, Youri Gagarine se serait soulagé contre une roue du bus. Avait-il bu de la vodka avant d’avoir rendez-vous avec l’Histoire ? Ce n’est qu’une rumeur. Ce qui est sûr :il a donné le coup d’envoi à une tradition qui perdure : au même endroit, avant son envol de Baïkonour, tout cosmonaute - les femmes en sont dispensées - urine sur le pneu arrière droit du car qui le transporte sur l’aire de lancements. L’astronaute belge Frank De Winne a respecté cette tradition, qui porte bonheur, pour ses deux envols vers la station spatiale internationale.

Gagarine en scaphandre se trouve face à la fusée Semyorka porteuse du vaisseau Vostok, qui est enfermée dans des portiques mobiles. Il est accueilli par le constructeur en chef et par le comité d’Etat. Après avoir reçu les encouragements de Korolev et fait l’accolade à ses collègues-cosmonautes qui l’ont accompagné, il prend l’ascenseur. L’ingénieur Oleg Ivanovski qui a participé au développement du Vostokle précède. Il va aider Gagarine à s’installer dans Vostok-1 et il est le dernier à le saluer avant son envol. Le lancement est prévu pour 9 heures. Alors qu’on teste le système de communications, Korolev est inquiet concernant un senseur qui indique que l’écoutille est mal fermée. Il est demandé à Ivanovski de refaire la fastidieuse opération qui nécessite l’enlèvement et le replacement de 32 boulons. Sept minutes sont nécessaires.

Il s’exécute à contre cœur, car il craint de troubler Gagarine installé sur son siège.

Vostok1lancement

A 9 h 07 (heure de Moscou) ou 7 h 07 (heure belge), l’ordre de départ est donné : « On y va ! »  La clef est enclenchée. Les 32 propulseurs à la base de la fusée Semyorka sont allumés et montent en puissance. Leur poussée suffit à la libérer des bras qui la retiennent suspendue au-dessus de la baie de lancements. Elle s’élance vers le ciel. Après 11 minutes de vol propulsé, le vaisseau Vostok-1 se sépare du dernier étage qui l’a mis sur orbite. Youri Gagarine devient le premier Terrien à survoler sa planète depuis l’espace. Son dialogue continu avec les contrôleurs montre qu’il se porte bien et que le vol se déroule normalement. Cinquante minutes après le lancement réussi, il est temps pour Radio Moscou d’annoncer au monde entier qu’un Soviétique est dans le Cosmos !

VostokDessinLes médias officiels n’ont donc pas attendu que Gagarine soit revenu sans encombre. Et pourtant… sérieuse alarme au moment du retour, après que la rétrofusée du module de service ait freiné le Vostok au-dessus de l’Afrique pour qu’elle amorce sa rentrée à 27.000 km/h. Le module ne s’est pas parfaitement détaché de la capsule. Le vaisseau déséquilibré effectue quelques embardées qui mettent en danger la vie du cosmonaute. La friction atmosphérique provoque l’échauffement de la sphère et, enfin, le détachement de la rétrofusée.

Revenu sur le plancher des vaches, Youri Gagarine devient le héros du régime communiste. Le cosmonaute n°1 est accueilli dans le monde entier. Le Kremlin le nomme commandant du détachement des cosmonautes et insiste pour qu’il n’envisage pas une autre mission spatiale. C’est plus fort que lui : en 1966, il reprend l’entraînement pour voler à bord du vaisseau Soyouz qui doit, un jour, partir pour la Lune.  Le 27 mars 1968, accompagné de son moniteur Vladimir Serioguine, il s’écrase à bord d’un avion de chasse. Youri Gagarine est devenu martyr:  il est désormais vénéré comme un « saint » par le système soviétique. Le portrait d’un Gagarine en uniforme et tout sourire se trouve d’ailleurs à bord de la partie russe de l’International Space Station qui est habitée en permanence à quelque 355 km au-dessus de nos têtes.

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