Voler comme une chauve-souris
10/05/11

Frankenbird à l’université

C’est dans ce contexte de regain d’intérêt scientifique pour les battements d’ailes qu’un chercheur de l’équipe de Greg Dimitriadis, Norizham Abdul Razak, a mis au point un outil tout à fait exceptionnel : un oiseau robot, que les chercheurs liégeois hésitent à baptiser « Frankenbird » de peur de lui coller une mauvaise réputation. Car la machine n’est pas destinée à terroriser la population, mais bien à simuler le fonctionnement d’un oiseau en vol. Frankenbird - deux ans de travail - ressemble à un gros suppositoire ailé, d’un mètre d’envergure et de 60 centimètres de long. A l’intérieur du robot, un moteur électrique et une mécanique de haute précision permettent d’imprimer aux ailes deux mouvements différents, un mouvement de haut en bas et un mouvement de torsion. « Dans la nature, la combinaison de ces deux mouvements augmente l’efficacité du vol », explique Greg Dimitriadis. Avec cette machine exceptionnelle, les chercheurs liégeois vont pouvoir étudier le vol sous presque toutes ses coutures. « Nous pouvons, par exemple, modifier le rythme des battements, la combinaison des mouvements et bien entendu la forme et la taille des ailes. » Frankendird est conçu pour voler avec des ailes de quelques dizaines de centimètres, jusqu’à un mètre environ. « Il a bien fallu faire un choix, explique Greg Dimitriadis. Dans la nature, les plus grands oiseaux ont une envergure de trois ou quatre mètres et les plus petits de quelques centimètres. Nous avons choisi un modèle intermédiaire. »

Formidable outil de recherche, Frankenbird aidera peut-être les ingénieurs en aéronautique à mettre au point les drones de demain. Il pourrait, à l’inverse, apporter aussi quelques lumières sur un lointain passé et plus particulièrement sur les ancêtres des oiseaux, les dinosaures. Une des grandes questions de la paléontologie animale est précisément de savoir comment volaient certains animaux préhistoriques comme les ptérosaures. Battaient-ils des ailes? Pouvaient-ils décoller en courant ou se lançaient-ils d'une falaise? Les chercheurs de l’université de Manchester sont en train de reconstituer sur ordinateur un modèle de ptérodactyle à partir d’un véritable squelette. Les logiciels utilisés permettent d’extrapoler des données biologiques telles que la musculature, la masse graisseuse, la peau et même la cinétique de l’animal. La forme et la taille des ailes seront calculées. « A partir de ce modèle informatique, explique Greg Dimitriadis, nos collègues de Manchester vont fabriquer des ailes de ptérosaure, que nous pourrons tester avec notre Frankenbird. » Le vol d’un animal ayant vécu il y a plusieurs centaines de millions d’années reproduit en laboratoire par un robot, la démarche est passionnante. Les travaux viennent de débuter.

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