Energie électrique : quel futur ?
30/08/13

Nos sociétés européennes ont fait preuve, ces dernières années, d’une volonté de dénucléarisation et de décarbonisation. Cela a conduit au développement des énergies renouvelables. Mais on peut se demander si cela est toujours le cas ! Car autant la Commission européenne, jusqu’il y a quelques années, voulait une économie low carbon, autant elle semble aujourd’hui vouloir une économie low cost. « Pourquoi, s’interroge Damien Ernst? Parce que le prix de l’énergie est sans doute un des facteurs qui a conduit à la désindustrialisation de l’Europe. Cela reste déterminant pour l’industrie. Les USA, par exemple, ont suivi une politique low cost tout en développant leur indépendance énergétique. Avec comme résultat un coût de l’énergie bien plus bas que la moyenne européenne : 30 euros par MWh pour les USA contre environ 55 euros pour l’Europe ! ». Les USA ont en effet développé un mix énergétique qui s’appuie sur trois filières : le gaz de schiste, le nucléaire et le renouvelable. Cette dernière ne l’a cependant été que si les conditions pour le faire étaient avantageuses, par exemple le solaire sur la partie de leur territoire très bien exposée au soleil et des champs éoliens sur la côte atlantique… et non l’inverse ! « En Europe au contraire, poursuit Damien Ernst, l’effort a été réparti par pays (c’est l’objectif du 13% d’énergie renouvelable à atteindre dans le mix énergétique) ; ce n’est pas une politique qui a visé à maximiser la richesse au niveau européen.  Pour un même investissement, des panneaux photovoltaïques produisent à Séville à peu près deux fois plus d’énergie sur une année que s’ils sont situés sous nos latitudes. Il y a beaucoup d’amateurisme dans la manière dont est faite la politique énergétique européenne. Il y a quelques bonnes intentions, implémentées par des politiques naïves,  qui s’avèrent désastreuses à long terme. Au final, beaucoup d’argent est perdu et vous n’avez même pas développé le secteur du renouvelable ! »

potentiel solaireAutrement dit, si l’Europe veut disposer d’énergie low cost, elle doit renouveler sa politique en ciblant les champs renouvelables les plus avantageux : par exemple, les champs solaires du sud de l’Europe, les champs éoliens de l’Atlantique ou de la Baltique et bien sûr le Groenland qui a des champs éoliens très avantageux. C’est ce qui est préconisé dans l’article « Global Grid ». L’installation de grandes fermes éoliennes au Groenland, le long des côtes où la vitesse des vents est quasi constante et supérieure à 8 m/sec pourrait constituer le déclencheur de cette « Global Grid » puisque situées à mi-chemin entre l’Europe et les USA. Etant donné le décalage horaire entre les USA et l’Europe, il sera donc avantageux de construire des liaisons vers les deux continents et de jouer sur la variation des prix de manière à vendre l’électricité la plupart du temps là où la demande est forte. Mais d’autres projets sont possibles, comme l’exploitation de l’immense potentiel solaire  d’Afrique du Nord – c’est le programme Desertec - ou du désert de Gobi en Asie (Gobitec). C’est cette interconnexion des sources d’énergie renouvelable à l’échelle mondiale qui permettra de gommer la variabilité des ces sources.

« Mais, tempère Damien Ernst, nous n’avons aucune expérience quant à la manière de gérer en simultané ces différentes couches de réseau.  Et une des difficultés provient du fait  que la  « Global Grid », constituée de liens à longue distance, véhiculera du courant continu à très haute tension plutôt que de l’alternatif comme aujourd’hui dans les autres réseaux. L’intérêt de transporter du courant continu est de réduire les pertes par effet joule. En fait, les premiers réseaux électriques, au XIXème siècle, étaient en courant continu, puis on est passé en alternatif car il fallait augmenter la tension pour transporter l’énergie sur de plus longues distances sans avoir des pertes prohibitives. Or,  les seuls dispositifs  disponibles à l’époque pour augmenter et diminuer  la tension étaient des transformateurs qui ne peuvent fonctionner qu’avec du courant alternatif. Maintenant, l’électronique de puissance permet de modifier également la tension lorsque l’on travaille avec du courant continu.  Si on avait eu la technologie dont on dispose aujourd’hui, on n’aurait jamais développé de réseau en alternatif. Mais il n’y a pas que le problème des pertes. Beaucoup de câbles de la « Global Grid » passeront dans les mers. Or un câble qui véhicule du courant alternatif et l’eau de mer forment un condensateur, ce qui provoque des problèmes de tension qu’il faut résoudre en connectant à intervalles réguliers sur les câbles des selfs, ce qui est très couteux. On ne peut pas se permettre cela sur les distances envisagées pour la « global Grid ». Il faut donc travailler en courant continu. »

Reste que l’existence de cette « Global Grid » ne va pas sans problème. Pour la Belgique, cela risque de nous inciter à accentuer encore notre dépendance énergétique (mais ne sera-ce pas le cas avec ou sans elle ?). Et au niveau européen et mondial, une telle infrastructure sera pratiquement impossible à protéger contre des actes de terrorisme (davantage encore que les réseaux de pétrole et de gaz), rendant nos sociétés à la merci d’un black out mondial.

 INTRO-V13-Prix-energie

Le Prix de l'énergie est-il amené à augmenter?

Quel impact va avoir le développement du renouvelable sur les factures d'énergie ?
Damien Ernst envisage l'évolution possible de notre consommation énergétique.

V13 Blackout

Risque-t-ton un Blackout complet en Belgique?

 Avec l'arrêt de Tihange 2 et de Doel 3 jusqu'à la fin de l'année, quel impact aura notre consommation d'électricité et hiver ? Jean-Louis Lilien nous éclaire sur la situation.

(1) The global grid, Chatzivasileiadis, Spyros; Ernst, Damien ;  Andersson, Göran in Renewable Energy : An International Journal (2013), 57

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