Energie électrique : quel futur ?
30/08/13

Selon Damien Ernst, chargé de cours au département d’électricité, électronique et informatique de l’Université de Liège et titulaire de la chaire EDF-Luminus, l’avenir du paysage énergétique belge passe par celui du réseau électrique puisque cette forme d’énergie s’impose dans tous les secteurs, y compris sans doute à terme dans le transport et le chauffage. Mais aussi parce que la Belgique n’aura bientôt plus qu’une production d’électricité marginale…. après avoir été pendant longtemps un exportateur net de cette forme d’énergie. Damien Ernst ne voit en effet guère d’avenir dans une production locale d’énergies renouvelables.

Pour comprendre l’enjeu que représente la gestion des réseaux électriques, il faut rappeler le contexte énergétique dans lequel la Belgique et la Wallonie se situent.

En Wallonie, 20% des besoins en énergie primaire devraient être couverts par des énergies renouvelables à l’horizon 2020, soit une production renouvelable de 40.000 GWh par an. Or, en 2011, nous avons à peine dépassé le cinquième de ce montant ! Pour Damien Ernst, chargé de cours au département d’électricité, électronique et informatique de l’Université de Liège et titulaire de la chaire EDF-Luminus, comme le potentiel hydraulique est déjà bien exploité et le géothermique est presqu’inexistant, il reste trois possibilités de développement du renouvelable en Wallonie (et, de manière générale, en Belgique, la situation dans les autres régions n’étant pas très différente) : la biomasse, le solaire et l’éolien. Est-ce envisageable ? A quel coût ?

energiesLa filière la plus discrète, celle qui a demandé jusqu’à présent le moins de subsides, est la biomasse. Elle comporte deux branches : la biomasse de déchets (l’énergie est produite à partir de déchets organiques) et celle de culture (des champs et des forêts sont exploités dans le but de produire l’énergie). La première n’est citée que pour mémoire tant son potentiel de développement paraît limité. La seconde est plus intéressante. « Je constate pourtant qu’elle est, à juste titre, controversée nuance le chercheur liégeois. Car elle pose de multiples problèmes dont le moindre n’est pas un éventuel enchérissement des denrées alimentaires de base ». Toutes contraintes sociales et écologiques mises à part, cette filière est-elle intéressante pour la Wallonie ? « Chez nous, explique Damien Ernst, une culture dédiée à la production d’énergie produit en moyenne 0,5 W/m2. Il faudra donc consacrer 2.000 km2 de sol pour produire la même quantité d’énergie qu’un réacteur nucléaire type Tihange, qui produit environ 1.000 MW. Si vous voulez compenser par ce moyen la fermeture des trois réacteurs nucléaires wallons, il faudra alors consacrer environ 35% du territoire wallon à cet effet ! »

Deuxième filière possible : l’éolien. Il produit aujourd’hui seulement le quart de ce qu’on veut lui faire produire en 2020 (4.500 GWh)…. Un objectif qui ne représente cependant que la moitié de l’énergie produite annuellement par un réacteur comme ceux de Tihange. « Et, ajoute Damien Ernst, comme une ferme éolienne wallonne ne produit que 2 à 3 W/m2, il faudra couvrir de 6 à 8% du territoire wallon d’éoliennes pour compenser la fermeture des réacteurs de Tihange. Est-ce envisageable quand on voit les mouvements de contestation qui s’élèvent à l’encontre des parcs éoliens à l’heure actuelle ? ».


Faut-il alors tout miser sur le solaire ? Les chiffres semblent le montrer puisque des panneaux photovoltaïques (PV) de bonne qualité, bien exposés, peuvent produire jusqu’à 20W/m2, soit de 10 à 40 fois plus par unité de surface que les deux filières précédentes. En plus, les installations photovoltaïques génèrent moins de nuisances écologiques et ne demandent pas à détourner des surfaces agricoles puisqu’elles peuvent être intégrées dans le bâti. « A l’heure actuelle, commente Damien Ernst, les installations PV wallonnes représentent une puissance de 25 MW seulement. Mais si on utilise toutes les surfaces bien exposées sur les bâtiments, on pourrait arriver à 1.400 MW. On pourrait doubler cette puissance en utilisant seulement 70 km2 de surface agraire pour y construire des fermes photovoltaïques. ». Une filière à développer donc… Mais Damien Ernst attire l’attention sur un aspect peu connu de la filière solaire. A cause de son coût relativement élevé, elle a nécessité une politique de subsides élevés. Leur diminution risque de la rendre bien moins attrayante. « Je crains que les taux annoncés de rentabilité de 4 à 7%, ne tuent la filière. Pour les banquiers, le système de subventionnement est déjà vu comme un produit toxique. Si vous n’avez pas d’argent pour financer votre installation, vous devez emprunter et il y a fort à parier que votre banquier va vous refuser l’emprunt même si vous êtes dans le cas du taux de return promis maximum, à savoir 7%. Et si vous avez les moyens de vous payer votre installation, un intérêt maximum de 4% sera sans doute insuffisant et vous allez essayer de trouver un autre produit financier. D’autant plus que ces 4% sont garantis sur une installation de petite taille ; après ce n’est même plus subsidié ! Ce mécanisme de subside, pour moi, signifie la fin de la filière. »

Conclusion de Damien Ernst : « Je pense que les filières renouvelables ne vont plus se développer significativement  en Wallonie (et sans doute en Belgique), voire même qu’elles risquent de disparaître ! »

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