L’Europe : tout, sauf une sinécure !
22/03/11


A l’inverse, dans les Etats potentiellement bénéficiaires nets, l’adhésion fut acquise à plus de 75% par référendum en Irlande, en Hongrie, en Lituanie, en Pologne, en République tchèque, en Slovaquie et en Slovénie. La Grèce, l’Espagne et la Roumanie, qui procédèrent par voie parlementaire, obtinrent également de très larges majorités pour entrer dans cette Europe qui leur apporterait un important soutien. Mesurer l’enthousiasme pour l’adhésion à la seule perspective de bénéfices potentiels serait pourtant trop réducteur. En effet, d’autres facteurs, liés à l’histoire et à la politique de l’Etat concerné, peuvent également influencer la décision. Ainsi, les réticences du Royaume-Uni s’expliquent également par la crainte d’une perte de souveraineté, par des relations difficiles avec la France du président de Gaulle, par le souci de maintenir des liens privilégiés avec les Etats-Unis et par la préférence britannique pour des relations internationales larges et souples, n’incluant pas d’organes décisionnels supranationaux.

Par ailleurs, l’espoir de conforter la liberté retrouvée et de pérenniser sa sécurité a probablement joué, aussi, dans des pays qui ont longuement subi un pouvoir totalitaire, comme la Roumanie, la Lituanie ou l’Espagne, fraîchement sortie du franquisme. Enfin, le lien mécanique entre une adhésion facile et la perspective de gains matériels est  démenti par les ratifications sans enthousiasme du Danemark, de Malte et du Portugal, pourtant bénéficiaires nets. A l’inverse, l’adhésion de l’Autriche fut acquise assez largement, alors que ce pays est contributeur net au budget européen.

Et les nouveaux venus, comment sont-ils acceptés par les Etats membres qui doivent, eux aussi, ratifier le traité d’élargissement ? Historiquement, les réticences les plus nettes ont été exprimées par la France lors du premier élargissement (Royaume-Uni, Irlande, Danemark). Réticences françaises, aussi, à l’entrée de la Grèce, puis de l’Espagne et du Portugal, motivées par la crainte de dommages qui pourraient être occasionnés aux agriculteurs de l’Hexagone. Les quatrième et cinquième élargissements n’ont en revanche pas soulevé d’opposition significative, mais le sixième (Roumanie, Bulgarie) n’a été ratifié que par 95 parlementaires néerlandais, 54 ayant voté contre.

Le paradoxe britannique

Aux yeux du plus grand nombre, le Royaume-Uni est l’exemple type de l’Etat eurosceptique. Indépendamment de son caractère insulaire qui l’empêche de se sentir physiquement attachée au continent européen, ce pays cultive, historiquement, deux axes diplomatiques qui l’empêchaient de privilégier son intégration à l’Europe : sa relation privilégiée avec les Etats-Unis et son engagement au sein du Commonwealth, un groupe d’intérêts qui rassemble une cinquantaine d’anciennes colonies ou protectorats de l’empire britannique. De plus, la Grande-Bretagne n’a pas de Constitution écrite, ce qui la rend méfiante à l’égard des textes juridiques supranationaux. bush blair FREnfin, ses débuts européens furent pénibles : bien qu’ayant posé sa candidature dès 1961, Londres ne put adhérer à la CEE qu’en 1973, en raison de l’hostilité de la France gaullienne.

Mais, malgré cette combinaison de facteurs défavorables à l’Europe, le Parlement britannique a maintenu une majorité d’environ 70% en faveur de tous les traités qui ont jalonné la construction européenne depuis son adhésion : c’est ce qu’on appelle le « paradoxe anglais ». Cette belle constance apparente ne permet cependant pas de comparer le parcours britannique en Europe à un long fleuve tranquille. Même après que l’épineuse question de la contribution britannique au budget européen (le fameux I want my money back ! de Margareth Thatcher) eut permis à Londres d’obtenir le rabais escompté, la Grande-Bretagne a souvent pesé de tout son poids pour infléchir la politique européenne dans un sens conforme ses préférences. Hostile à la vocation fédérale de l’UE dessinée par le projet du traité de Maastricht, Londres a obtenu d’y introduire le principe de subsidiarité, selon lequel l’Europe ne doit intervenir que si un problème ne peut être réglé de manière satisfaisante au niveau des Etats membres. Ensuite, le passage progressif vers une union politique et, surtout, la structuration de Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) étaient également mal vus du Royaume-Uni.

 

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