Le fléau des faux médicaments
15/02/11

Trouver les bons modèles

« La ‘faisabilité’ du contrôle de médicaments par la spectroscopie proche infrarouge a été démontrée sur des sirops de paracétamol faiblement dosés, c’est-à-dire sur une molécule très répandue mais qui, en raison de contrefaçons, a déjà provoqué des décès en Afrique. Une même démarche de ‘faisabilité’ a été appliquée pour l’électrophorèse capillaire, avec des produits anti-sida , détaille Eric Ziemons. La fiabilité du système a été démontrée également : nos appareils sont performants. Ils parviennent à tester et à analyser de manière fiable des anti-inflammatoires et des anti-infectieux, y compris des antipaludiques. »

L’équipe a développé, en priorité, des méthodes permettant aux appareillages de contrôler des médicaments capables de lutter contre les maladies responsables des plus fortes mortalités dans les régions ciblées ainsi que des médicaments d’usage très courant – comme les antidouleurs. « Ultérieurement, nous ajouterons peut-être des méthodes permettant de passer au crible des substances utilisées dans les traitements des pathologies cardiaques, prévoit Philippe Hubert. Mais, en attendant – et c’est essentiel-  nous savons déjà que nous disposons de 2 techniques validées en terme de faisabilité et parfaitement adéquates ou appropriées aux objectifs visés » (3).

Pendant que le personnel continue à être formé sur place ou en Belgique, l’équipe belge est passée à la dernière étape de ses projets : l’installation de 2 laboratoires au Congo (le Rwanda dispose déjà de laboratoires, y compris grâce à une aide provenant d’un autre projet impliquant des universitaires liégeois et notamment les Pr L. Angenot et M. Frederich). Un local doit encore être trouvé pour abriter le laboratoire général. L’université de Kinshasa accueillera le second laboratoire : il permettra ainsi de réaliser des contre-expertises. « L’année à venir servira à réhabiliter les locaux, à prendre contact avec les fournisseurs qui devront assurer, par exemple, l’air conditionné. Pendant ce temps, la formation technologique du futur personnel de ces laboratoires se poursuivra, tout comme le développement de nouveaux modèles permettant aux 2 appareils d’agrandir le nombre de produits qu’ils sont capables de contrôler », précise Roland Marini. En effet,  il s’agit de continuer à enrichir le modèle, à le « nourrir » d’informations, afin de le rendre  « plus malin » et apte au contrôle d’un nombre encore plus élevé de molécules.

Les chercheurs estiment qu’il faudra encore sans doute de 3 à 4 ans pour que les laboratoires congolais puissent fonctionner de manière autonome. « L’objectif est de permettre aux producteurs locaux et aux agences de contrôle de faire appel à ces laboratoires, et ce à des prix modérés, puisque les équipements fonctionneront à faibles coûts. Ainsi, le contrôle visant une meilleure qualité du médicament pourra se généraliser », prévoit Philippe Hubert.

Le principe de réalité  

Début octobre 2010, en Belgique, une opération internationale de lutte contre la vente en ligne de médicaments contrefaits et illégaux a permis de saisir, à l’aéroport de Zaventem, 74 colis postaux destinés à des acheteurs belges. A l’intérieur, se trouvaient 26 % de produits stimulants l’érection contrefaits, 25 % de produits amaigrissants illégaux, 6 % d’antihypertenseurs, 5 % de diurétiques, 13 % de substances hormonales et 8 % de suppléments alimentaires stimulants. A Bierset, 18 autres colis étaient stoppés par les douanes, avec des produits essentiellement en provenance de Chine et comprenant, par exemple, des antibiotiques contrefaits.  Dans un grand nombre de pays ‘pauvres’, bien plus menacés encore que nous ne le sommes par le trafic de médicaments contrefaits, on est bien loin encore de telles mesures de répression. « Actuellement, l’inspection du médicament au Congo compte 69 inspecteurs (pour 70 millions d’habitants), dont 40 à Kinshasa. Au Nigéria, une inspectrice a fait l’objet d’un attentat et, désormais, elle ne se déplace plus qu’avec des gardes du corps », souligne Roland Marini.  A leur échelle, les projets des pharmaciens liégeois contribuent à répondre à ce trafic et à fournir aux populations des médicaments de qualité. Un chiffre, un seul, pour mesurer l’enjeu : selon l’OMS, tous les ans, 200 000 personnes meurent en raison de molécules contrefaites…


(3) «Analytical tools to fight against counterfeit medicines ». R.D. Marini, J. Mbinze Kindenge, M. De Lourdes Aja Montes, B. Debrus, P. Lebrun,  J. Mantanus, E. Ziemons, C. Rohrbasser, S. Rudaz,  Ph. Hubert. Chimica Oggi / Chemistry to day - vol 28, n 5 - September/October 2010 - Focus on Pharmaceutical analysis.

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