Le fléau des faux médicaments
15/02/11

Le trafic des médicaments contrefaits explose. Il trompe, il tue. Une équipe de l’Université de Liège sensibilise, informe et forme des intervenants de santé rwandais et congolais afin qu’ils puissent détecter et contrôler ces produits, grâce à des installations techniques adéquates, conçues sur mesure.

Nigéria, 2008 : 100 bébés décèdent après avoir reçu un faux sirop, présenté comme contenant du paracétamol. Panama, 2006 : des excipients contrefaits glissés dans des médicaments provoquent 300 décès.  Selon la Food and Drug Administration (Etats-Unis), les médicaments contrefaits infectent et polluent 10 % du marché mondial. En Afrique centrale, ces faux produits ou ces produits de qualité inférieure dépassent les 25 %. Pour le plus grand profit de certains : le trafic des médicaments falsifiés serait 25 fois plus rentable que celui de la drogue. Pour des ventes réalisées sur Internet ou directement, elles procurent des bénéfices impressionnants, allant de 6 000 à 20 000 %. 

Pharmacie

 

Dans un rapport publié en décembre 2008, l’Organisation Mondiale de la Santé déclarait avoir recensé, en 2007, plus de 4 médicaments contrefaits par jour. Ainsi, en Afrique, de 30 à 70 % des antipaludiques en circulation sont des faux, entièrement ou partiellement. Les médicaments à base d’artésunate, destinés à lutter contre le paludisme chimio-résistant, sont falsifiés à 40 %. Les stocks des officines du Congo proposent 80 % de substances contrefaites. Dans 37 % des cas, les contrefaçons visent des molécules de la sphère génito-urinaire, dans 12 %, des anti-infectieux et, dans une même proportion, des produits destinés au système nerveux central  (1). Pour s’assurer de la qualité des médicaments et contrer - à leur échelle - le développement des contrefaçons dans les pays pauvres ou en développement, Philippe Hubert, Roland Marini Djang’eing’a et Eric Ziemons, 3 pharmaciens de l’Université de Liège, mènent deux projets au long cours.

Le premier de ces projets est mené au Rwanda et au Congo : Edulink Europ, le programme de formation qu’ils ont développé, est destiné, entre autres, à sensibiliser des acteurs de santé à la problématique de la contrefaçon des médicaments. Il comprend également un enseignement permettant de contrôler et de détecter ces faux. Leur second projet vient de faire l’objet d’une publication (1) : il a pour objet de promouvoir un équipement « low-cost » et de mettre à disposition des appareillages à coût d’utilisation réduits destinés à des laboratoires d’analyse de médicaments, et de tester leur efficacité dans le contrôle de ces derniers. La performance de ces différents systèmes a été démontrée. Ces appareillages serviront donc à équiper deux laboratoires africains.  On y mettra ainsi en pratique la formation donnée dans le cadre du projet Edulink en réalisant, sur place, des analyses et un contrôle des médicaments, et ce, à un coût accessible pour les pays en développement et pour des producteurs locaux aux moyens limités.

 
(1) « Reliable low-cost capillary electrophonesis device for drug quality control and counterfact medecines ». R.D.Marini, E.Rozet, M.L.A. Montes, C.Rohrbasser, S.Roht, D.Rheme, P.Bonnabry, J.Schappler, J.L. Veuthey, Ph. Hubert, S.Rudaz, Journal of Pharmaceutical & Biomedical Analysis, août 2010.

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