Les forêts tempérées soufflent le chaud et le froid
30/11/10

En période de vague de chaleur, les forêts d'une part et les prairies et cultures d'autre part se comportent très différemment de ce qu’on pensait jusqu’à présent. Dans une première phase, les forêts contribuent davantage à l’élévation de la température ambiante. Ce n’est qu’après plusieurs semaines d’épisode caniculaire qu’elles jouent une fonction d’atténuation de la chaleur alors que les prairies et les cultures renforcent, à ce moment là, l'élévation de la température. C'est grâce à l'existence d'un réseau d'observation européen que cette surprenante conclusion a pu être tirée par une quinzaine d'institutions scientifiques européennes dont Gembloux Agro-Bio Tech.

Demandez à l’homme de la rue ce qu’il pense d’une balade en forêt par temps de canicule. La réponse ne se fera pas attendre: la forêt soulage le promeneur, car elle le rafraîchit. Le bon sens élémentaire nous amènerait à pousser le raisonnement un peu plus loin : si agréable sous le couvert forestier, cette fraîcheur se propage probablement aux alentours et contribue peu ou prou à refroidir l’atmosphère.

Cette vision des choses doit être nuancée ! Une étude (1) parue récemment dans Nature Geoscience , avec la contribution de Gembloux Agro-Bio Tech, démontre que le raisonnement intuitif s’accommode en l’occurrence très mal des constats scientifiques. Menée à  partir d’observations réalisées par covariance de turbulence sur une trentaine de sites disséminés à travers l’Europe - dont deux situés en Wallonie : l’un à Lonzée, à proximité de Gembloux, l'autre à Vielsalm en Ardenne -, cette étude démontre qu’au début des vagues de chaleur, les forêts des régions tempérées réchauffent davantage l’atmosphère que les prairies et les cultures. Ce n’est que plus tard, après de longues semaines de canicule, que la forêt peut éventuellement jouer un rôle temporisateur, contribuant à  atténuer le réchauffement de l’atmosphère tandis que les cultures et les prairies, elles, y diffusent à ce stade davantage de chaleur. Ces résultats ont étonné bien du monde dans la communauté scientifique. On croyait plutôt, jusque là, que les arbres, du fait de leur enracinement généralement plus profond que les cultures, peuvent mobiliser fortement les ressources en eau du sous-sol et jouer un rôle très actif dans l’atténuation de la chaleur par le phénomène d’évapotranspiration.

vues panoramiques

 

(1) Teuling A. J., Seneviratne S. I., Stöckli R., Reichstein M., Moors E., Ciais P., Luyssaert S., van den Hurk B., Ammann C., Bernhofer C., Dellwik E., Gianelle D., Gielen B., Grünwald T., Klumpp K., Montagnani L., Moureaux C., Sottocornola M., Wohlfahrt G. (2010) Contrasting response of European forest and grassland energy exchange to heatwaves. Nature Geoscience, 3 (10), 722-727

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