Un visage, une voix... une personne
03/11/10

Les processus de reconnaissance visuelle des objets réservent une place privilégiée à l'identification des visages. Dans un article récent publié dans Consciousness and Cognition, le professeur Serge Brédart et Catherine Barsics, de l'Unité de Psychologie Cognitive à l'Université de Liège, ont confirmé la supériorité de l'identification d'une personne par le biais de son visage pour le rappel d'informations épisodiques et sémantiques la concernant. Dans la foulée, ils s'interrogent sur l'explication à donner au phénomène.

visagesMême si elles s'opèrent généralement en une fraction de seconde, les opérations de reconnaissance visuelle d'objets requièrent la mise en œuvre de procédures extrêmement complexes, dont une des premières consiste à faire fi des éléments de contexte et de point de vue qui pervertissent notre perception de la réalité de l'objet en soi - jeux d'ombres et de lumières, influence de l'angle de vue, distance à laquelle se situe l'observateur, etc.

En outre, il y a reconnaissance et reconnaissance. S'il suffit souvent de ranger, sans plus, un objet dans une catégorie sémantique (« Attention, une voiture ! »), il est parfois essentiel de pouvoir identifier de façon précise un exemplaire particulier au sein d'une catégorie. Opération cruciale s'il en est pour les visages (Nicolas Sarkozy n'est pas Jacques Chirac) et pour les mots (le terme « savon » n'équivaut en rien au terme « jardinage »), mais aussi pour certains objets bien déterminés, tels « ma » maison ou « ton » vélo.

Nous disposons en fait d'une habileté toute particulière à discriminer les visages, et cette remarquable expertise n'a pas échappé aux chercheurs. On en est même venu à penser qu'il existait des mécanismes spécifiques dévolus au traitement des visages et sous-tendus par des régions cérébrales spécialisées. Aujourd'hui, cette idée est au centre d'un vaste débat. En effet, une hypothèse alternative serait l'existence de mécanismes spécifiques, non focalisés sur les seuls visages, grâce auxquels l'individu serait à même d'identifier des exemplaires uniques d'objets au sein d'une catégorie donnée dans laquelle il s'est forgé une expertise.

Sans être décisif, un phénomène particulier plaide néanmoins en faveur de la première hypothèse : l'« effet disproportionné de l'inversion », mis en évidence en 1969 par Robert Yin du Massachusetts Institute of Technology, à Cambridge. L'expérience consiste à soumettre à un individu l'image d'un objet renversé dans le sens vertical. Que constate-t-on ? Que sa performance de reconnaissance en est affectée. Mais, élément clé, son score est d'autant plus mauvais que le stimulus est l'image d'un visage, alors que, à l'endroit, les visages sont plus facilement reconnus que les autres stimuli. D'où un renforcement de l'idée de l'existence de mécanismes propres au traitement perceptif des visages dans des conditions normales.

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