D'où vient la médecine monastique?
08/06/10

L'historienne Geneviève Xhayet lève une partie du voile sur la médecine monastique. Son dernier ouvrage (1) propose une mise au point sur la médecine des moines ainsi qu'une monographie détaillée d'un manuscrit du tournant du XIVe siècle, ayant appartenu à l'abbaye de Saint-Jacques à Liège, le « médicinaire liégeois ».

COVER XhayetL'histoire de la médecine monastique a été très peu étudiée. De ce fait, elle a souvent été cantonnée à la période du Haut Moyen Âge alors qu'elle aura perduré en marge de la médecine savante jusqu'au 18ème siècle au moins. "En réalité, constate Geneviève Xhayet, directrice adjointe du Centre d'histoire des sciences et des techniques de l'ULg, cet aspect de la médecine aura été étudié dès la fin du XIXème siècle, mais par des linguistes, essentiellement. Cette médecine se présente principalement comme des ensembles de remèdes présentés sous forme de recettes c'est-à-dire une énumération des ingrédients nécessaires pour traiter un mal, et éventuelles  indications relatives à la préparation du remède ou à son administration. Certaines recettes étaient écrites en latin mais beaucoup d’autres étaient écrites en langue vulgaire. Les scientifiques ont donc pensé que ces recettes étaient le reflet d'un savoir populaire, raison pour laquelle elles ont été étudiées par des linguistes folkloristes. A partir de ce moment, l'histoire de la médecine savante a rejeté ce genre de savoir qui était jugé comme peu sérieux."

Il faudra donc attendre la seconde moitié du XXème siècle pour que des historiens se demandent réellement d'où viennent ces recettes et commencent à les étudier d'un point de vue médical. Ceci étant dit, les analyses philologiques menées par les linguistes ont simplifié le travail historique en clarifiant toutes sortes de difficultés syntaxiques et terminologiques (notamment des appellations dialectales anciennes de maladies ou d’ingrédients entrant dans les traitements). "Dans le cas du Médicinaire liégeois des bénédictins de Saint-Jacques, explique Geneviève Xhayet, je ne peux que saluer le travail d’édition accompli par Jean Haust".

La médecine monastique a donc peu à peu et timidement acquis un minimum d'estime aux yeux des historiens. Grâce à ce regain d'intérêt, il a été démontré que certaines recettes remontaient à des sources savantes de l'antiquité. Pour ce faire, on procède par comparaison  des recettes avec des sources possibles. Par exemple, en relevant suffisamment de similarités entre une recette et un texte plus ancien on peut penser que la recette en dérive, plus ou moins directement. Il peut s’agir d'une simple traduction du texte latin, mais plus souvent, la transmission s’est aussi chargée d’une part de tradition orale et populaire.

 


(1) "Médecine médiévale et arts divinatoires dans le monde bénédictin médiéval à travers les réceptaires de Saint-Jacques de Liège", Editions Classiques Garnier, Paris, 2010

 

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