La prison, pour réparer plutôt que punir ?
29/03/10

Est-il possible d’orienter le délinquant vers une culture de la réparation, au-delà de la détention « simplement » punitive à laquelle il a été condamné?  C’est l’idée qui sous-tendait la circulaire par laquelle l’ancien ministre de la Justice, Marc Verwilghen a créé, en 2000, une nouvelle catégorie d’intervenants en milieu carcéral : les consultants en justice réparatrice (cjr). Christophe Dubois a consacré sa thèse de sociologie à la manière dont ces « cjr » ont tenté de relever, dans les prisons belges, le défi utopique qui leur était lancé.

0ctobre 2000 : dans le sillage de l’affaire Dutroux et de la Marche blanche, par laquelle des centaines de milliers de Belges ont clamé tout le mal qu’ils pensaient de « leur » justice et de « leurs » polices, l’heure est aux réformes, tous azimuts. C’est à ce moment que le ministre de la Justice, Marc Verwilghen, publie une circulaire qui vise à introduire le concept de « justice réparatrice » dans les prisons. De quoi s’agit-il ? Cette idée, débattue dans des facultés de criminologie où l’on réclame, notamment, une meilleure prise en charge des victimes, postule qu’une troisième voie doit être envisagée, entre les modèles « classiques » de la justice rétributive, axée sur l’infraction et sur la punition tarifée qui la « rétribue », et la justice réhabilitative, centrée sur le traitement du délinquant et sa réadaptation à la vie en société.

La justice réparatrice (ou restauratrice), elle, viserait surtout à restaurer, entre l’auteur, la victime et la société, la relation perturbée par le conflit né de l’infraction qui a été commise. Changer la culture de la détention, amener le délinquant à profiter de cette privation de liberté pour essayer de « réparer » sa faute, plutôt que de se contenter de le punir en l’emprisonnant : vaste programme ! Mais encore ? C’est ce qu’ont dû se demander les professionnels d’un nouveau type auxquels fut confiée la mise en œuvre de cette tentative de réorientation de la politique pénitentiaire. Des « consultants en justice réparatrice » (cjr) ont en effet été envoyés, un par un, dans les 31 établissements pénitentiaires que compte le pays. Ils y ont travaillé pendant plus de sept ans.

Tenter de comprendre comment ces jeunes diplômés en sciences sociales, peu familiarisés à l’univers carcéral, ont interprété la partition un peu vague qui leur était donnée, dans ces prisons où on ne les attendait pas et où ils ont dû créer leur place, et comment ils ont traduit cette circulaire ministérielle obscure en pratiques concrètes : c’est l’autre défi qu’a relevé, avec succès, Christophe Dubois, dans la thèse de doctorat qu’il a réalisée en « cotutelle » à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Université de Liège. Ce travail a fait l’objet d’un intéressant article paru dans la revue Performances publiques (Larcier)1.

La circulaire Verwilghen du 4 octobre 2000 ne répond, en fait, à aucune demande en provenance du terrain. Rares sont, d’ailleurs, les directeurs de prisons, agents pénitentiaires ou détenus qui avaient déjà entendu parler de « justice réparatrice » avant que les premiers cjr déboulent dans leur établissement !  Mais ce projet s’inscrit dans un contexte où la prison est au cœur d’un vaste chantier de réformes politiques : statut juridique des détenus, réforme de la libération conditionnelle, création des tribunaux d’application des peines…

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