Nous sommes faits comme des rats !
19/03/10

Des rats qui rient, des chimpanzés en deuil qui observent des minutes de silence, des brebis qui se prennent la grosse tête parce qu’on les observe… Des anecdotes ? Pas aux yeux de Vinciane Despret, qui se pose la question de ce que pense l’animal. Une interrogation qui change tout.

Petite histoire : avant une expérience, un chimpanzé enfermé dans un laboratoire se montre exceptionnellement calme. Tranquille… au point de faire naître, dans la tête du chercheur, la question suivante : « Mais que fait-il donc ? » Pour le savoir, l’homme décide de regarder à travers le trou de la serrure. Surprise ! Il trouve, face à lui… l’oeil du chimpanzé, tout aussi curieux – ou indiscret -que lui. Si la philosophe et psychologue Vinciane Despret, chercheur au département de philosophie de l’Université de Liège et enseignante à l’ULB,  raconte cette histoire (qu’elle doit au paléoanthropologue Pascal Pick), ce n’est pas un hasard : on aurait parfaitement pu la trouver en introduction de  « Penser comme un rat » (Sciences en questions, éditions Quae), son dernier ouvrage. Mais Vinciane Despret aurait, aussi, pu parler de ces chiens de cirque, sérieux et appliqués lors des séances de travail et complètement différents dès qu’ils retrouvent leur caravane, après leur journée de boulot ! Ou, encore, par exemple, évoquer ces chimpanzés qui, lors du décès d’une femelle très aimée dans leur groupe, ont cessé leurs bruits incessants et observé quelques minutes de silence…

Dans le cadre de « Sciences en questions », Florence Burgat, directrice de recherches et Raphaël Larrère, sociologue à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique, en France), tous deux organisateurs d’un groupe de réflexion « Sciences en question » avaient demandé à Vinciane Despret de préparer une conférence pour les chercheurs de l’INRA. L’objectif ? Susciter leur réflexion ou des interrogations sur leur travail, par exemple autour de la question du bien-être animal. Seulement voilà : aborder de plein front ce thème en vogue n’enthousiasmait pas la chercheuse du département de Philosophie de Liège. Elle redoutait de tomber dans un discours « moraliste », guère propice à susciter quelques échos chez les chercheurs. Elle a donc préféré prendre quelques jolis chemins de traverse.

« Davantage encore que les animaux, ce qui me passionne, ce sont ceux qui travaillent avec eux, ainsi que les lieux d’imagination, riches et féconds, où se déroulent ces échanges. Pour le dire autrement, si un mouton m’intéresse, ce sera à travers la question : ‘Mais qu’est-il parvenu à faire faire à son chercheur? »
s’amuse-t-elle. Dès lors, elle a orienté les recherches menées pour cette conférence autour d’autres interrogations, qui rejoignent, finalement, celles du bien-être animal.  Elle est partie de la question, posée depuis longtemps déjà (par exemple, par le naturaliste Jacob von Uexküll) du point de vue de l’animal concernant une situation à laquelle il est soumis. Mais elle a orienté son travail sur les conséquences de ce type d’interrogations chez les humains. ..

 

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