Quand le sexisme se veut bienveillant...
24/02/10

Entre la galanterie et le sexisme, la frontière est parfois ténue. Tout est question de contexte. Dans un article récent intitulé Be kind to a woman, she’ll feel incompetent : benevolent sexism shifts self-construal and autobiographical memories towards incompetence (1), des chercheurs du service de psychologie sociale de l'Université de Liège abordent la question du sexisme bienveillant, cet « autre sexisme » plus discret mais aussi plus insidieux que le sexisme hostile du macho ou du misogyne. Il revêt les traits du paternalisme et a généralement un impact plus délétère sur les performances cognitives des femmes que le sexisme pur et dur qu'est le sexisme hostile. C'est ce qu'ont montré les travaux du professeur Benoît Dardenne et de Marie Sarlet.

Comment les individus et les groupes humains se perçoivent-ils, s'influencent-ils, entrent-ils en relation ? Dans l'environnement social, chacun doit comprendre et évaluer autrui afin de se situer par rapport à lui et prédire l'orientation que vont prendre leurs interactions éventuelles. Mais le temps est compté pour poser ce « jugement social » ! Dans le contexte de la vie en société, l'efficacité se fonde en effet sur un traitement et une exploitation très rapides des informations disponibles. Aussi bâtissons-nous notre vision de l'autre au départ de quelques indices qui nous renvoient à des stéréotypes et à des préjugés – couleur de la peau, traits du visage, âge, taille, sexe, accent, type de voiture, vêtements...

En un sens, le jugement social est tricéphale. Plus exactement, il comporte trois composantes dont chacune, prise isolément, ne suffit pas à rendre compte de la complexité du phénomène. Les stéréotypes en constituent la première facette, cognitive. Selon la définition de Jacques-Philippe Leyens et Vincent Yzerbyt, de l'Université catholique de Louvain (UCL), ils se réfèrent à des « croyances socialement partagées concernant les caractéristiques personnelles, généralement des traits de personnalité, mais aussi souvent des comportements, d'un groupe de personnes ». Exemple classique : l'idée selon laquelle les femmes ne sont pas compétentes pour occuper des postes de direction.

Les préjugés, eux, nous entraînent dans la sphère affective du jugement social. Toujours selon Leyens et Yzerbyt, ils correspondent à « un sentiment, généralement négatif, envers une ou plusieurs personnes en raison de leur appartenance à un groupe particulier. » Exemple : ne pas aimer les Parisiens ou les avocats. Quant à la discrimination, le troisième élément impliqué dans le jugement social, elle en représente la composante comportementale. En d'autres termes, elle recouvre des actes discriminants à l'encontre d'un groupe. Ainsi, lors d'un examen d'embauche, d'aucuns écarteront d'office la candidature de personnes immigrées.

Comme le souligne le professeur Benoît Dardenne, responsable du service de psychologie sociale de l'Université de Liège, des relations complexes, reflétant parfois une contradiction apparente, peuvent unir les trois composantes du jugement social. Il n'est pas rare, notamment, que des personnes affirment penser du bien d'un groupe social, mais ne puissent s'empêcher de le discriminer. De même, certains individus ont une propension à nourrir des préjugés négatifs à l'égard d'un groupe, alors qu'ils prônent l'égalité (stéréotypes).

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