Le cinéma, des images qui dansent
26/01/10

L’animation est par ailleurs très présente dans le livre. Logique : le cinéma d’animation a en fait précédé le cinéma et, constate Dick Tomasovic : « Le geste dansé a été fondateur du cinéma d’animation ».

Dans son deuxième chapitre, Kino-Tanz évoque ainsi la « révolution » que fut le dessin animé Little Nemo, de Winsor McCay (1911). « L’animation a trouvé dans la danse le moyen de s’écrire », explique Dick Tomasovic. « McCay vient de la bande dessinée, et quand il ré-invente le cinéma d’animation, il se retrouve avec un nouvel espace qui se donne d’abord dans le temps : l’animation doit être projetée et plus lue, et donc elle doit être minutée. Pour gérer ce nouvel espace, des questions se posent, et McCay y répond à travers l’écriture du geste dansé : que vont faire les personnages dans la durée, dans le temps ? Une danse ! Des théoriciens de la danse soulignent que l’espace n’est pas donné au danseur : il crée lui-même son espace. Ce concept marque une nette rupture avec le ballet classique, et c’est une rupture que McCay introduit dans son animation. Il est d’ailleurs très fréquent que l’on danse dans les films d’animation. » L’ouvrage de Dick Tomasovic regorge d’exemples de cette affirmation, qu’il illustre notamment dans son septième chapitre avec le Pinocchio de Walt Disney (1940) et, en parallèle, Invitation To the Dance de Gene Kelly (1958). Dans ce deuxième film, sans dialogue, Gene Kelly danse jusqu’à se fondre dans un décor animé. A contrario, Pinocchio évoque la transformation d’un objet, une marionnette, en « vrai » petit garçon, et ce notamment via la danse. « Ces deux exemples montrent que la danse peut servir à métamorphoser », explique Dick Tomasovic. « A bouleverser le statut du corps en représentation. C’est une question obsédante pour moi. La danse est l’acte pur des métamorphoses. Et la grande question posée par le cinéma hollywoodien, c’est « comment transformer le corps en figurine », comment achever la fétichisation du corps. Il y a là derrière un enjeu commercial : au fétiche, le public s’attache. A ce titre, la démarche de Gene Kelly est intéressante : il va jusqu’au bout de cette fétichisation. Walt Disney, en fait, a fait l’inverse : par tous les moyens après ses premiers succès, il a tenté de « sortir » de l’animation. »

 

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