Le cinéma, des images qui dansent
26/01/10

« Et le cinéma », poursuit Dick Tomasovic, «  a certes un côté filmique, soit ce qui est devant la caméra, ce qu’elle doit capter, mais aussi un côté pro-filmique : très vite, des petits malins font bouger la caméra elle-même. Le cinéma ne fait donc pas que recevoir le mouvement, il le crée. La caméra danse.»

Ainsi le texte de Dick Tomasovic mêle-t-il donc ces deux « temps d’étude » : « Celui des différentes propositions de mise en scène de l’acte dansé et celui des divers modes d’incorporation du mouvement dansé au sein du dispositif cinématographique. (…) Deux versants d’une seule pièce donc, d’une part saisir le corps dansant, d’autre part faire danser l’image. »

Ces deux temps d’étude, Dick Tomasovic les adosse, les confronte, et créée entre eux une dialectique, via dix chapitres qui sont des « pas de deux » : un exemple issu de l’histoire du cinéma répond à un autre. Et le spectre ici envisagé a la largeur de cette très longue histoire : du Pinocchio de Walt Disney à un documentaire sur le footballeur Zinedine Zidane, en passant par les expérimentations sur la pellicule de Len Lye, les premiers films de Méliès ou même… un clip d’une chanson de Kylie Minogue !

«  Tout ce que je voulais dire se trouvait tout  entier dans le cinéma français des années 20 », sourit le chercheur. « Mais je voulais aussi que ce livre trouve son public, avec donc des exemples qui peuvent parler à tout le monde. C’est donc la recherche du lecteur qui a guidé les choix. Je ne fais rien d’autre avec mes étudiants : mettre en parallèle un film ancien très peu connu et un film beaucoup plus récent et connu pour montrer les parallélismes. »

Quand il ne reste que la pellicule

Impossible ici de parcourir l’ensemble de ces chapitres et des réflexions de Dick Tomasovic. Mais quelques-unes méritent d’être pointées. Ainsi, dans son quatrième chapitre, Kino-Tanz met-il en parallèle la « danse serpentine » de Loïe Fuller (en 1891) qui, bien avant l’invention du cinématographe, est un précurseur de l’invention du cinéma par sa « cinématographisation du corps », et les travaux de Len Lye. Né en 1901, cet artiste néo-zélandais est l’inventeur du « direct film », sans caméra, où l’artiste intervient directement sur la pellicule avec des pinceaux, crayons, un scalpel, pour créer des formes et textures. Le plus célèbre de ses films est « Free Radicals » (1958). « Nous voici avec ce qui est réellement un film de danse, mais sans danseur et même sans faire bouger la caméra », souligne Dick Tomasovic. « C’est l’image elle-même qui danse. Lye va en fait très loin dans l’autonomisation : quand on a tout enlevé, les gens, le scénario, le mouvement de la caméra et qu’il ne reste que la pellicule, c’est encore du geste dansé. C’est encore la même question : qu’est-ce que le mouvement dans l’espace ? On peut même aller plus loin : l’animateur, celui qui, avec ses gestes précis, répétitifs, sur la pellicule, a tracé quelque chose dans l’espace, se pense comme un danseur. »

 


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