12 000 ans d’histoire climatique et paysagère enfouies dans le sol des Hautes-Fagnes

Article rédigé par Stéphanie Nix
D'après les recherches de Louis Leclercq 

Les modifications climatiques et végétales du passé ne sont plus un secret pour les scientifiques des Hautes-Fagnes. Grâce à l’étude de pollens fossilisés, ils sont capables de reconstituer le paysage et le climat de chaque époque.

Difficile de s’imaginer le paysage des Hautes-Fagnes sans ses massifs d’épicéas. Tout ami de la nature ou amateur de promenades, connaissant le cœur de cette région, en conviendra.

Et pourtant, cette forêt n’en est qu’une parmi bien d’autres. En effet, depuis la fin de la dernière glaciation, il y a 12000 ans, de nombreux couverts forestiers se sont succédés dans le pays fagnard.

«On est parti d’un paysage déboisé vers un paysage de plus en plus boisé au cours du temps. On est passé par des forêts qu’on n’a vraiment plus à l’heure actuelle, avec par exemple des arbres comme l’orme, le tilleul, le frêne ou le noisetier», affirme Louis Leclercq, directeur de la Station Scientifique des Hautes-Fagnes. Pour avancer ces propos, le biologiste se base sur l’analyse de pollens fossilisés retrouvés dans des tourbières, qui ont permis la reconstitution du paysage et du climat.

Qu’est-ce qu’une tourbière ?

Une tourbière est un milieu particulièrement fragile et humide composé principalement de plantes adaptées à un milieu gorgé en eau et dont les débris s’accumulent. Pour qu’elle puisse se former, un sol imperméable sur lequel l’eau peut séjourner se révèle nécessaire. «Dans les Hautes-Fagnes, le climat et le sol étaient favorables à la formation de tourbières juste après la dernière glaciation : climat froid, pluie abondante, sols imperméables», explique Louis Leclercq.

Dans ces eaux stagnantes, pauvre en nutriments, acides et dépourvues d’oxygène, des sphaignes (sorte de mousse) et différents autres végétaux particuliers se développent. Ces dernières constituent la base d’une tourbière. En effet, petit à petit ces résidus de végétaux (tiges, fragments de feuilles, fleurs, pollens, spores,…) s’accumulent et sont conservés intacts dans le milieu tourbeux grâce à l’acidité et à l’absence d’oxygène, empêchant la décomposition des éléments.

Ces débris végétaux morts forment la tourbe, appelée aussi roche végétale. La vitesse d’accumulation de celle-ci peut être très variable. Mais au fil des années, différentes couches de sédiments tourbeux se forment, chacune correspondant à une époque, à un paysage, à un climat. Elles sont considérées comme la mémoire de l’histoire végétale et climatique.

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