Notre spécialité? La carotte de tourbe!

Article rédigé par Nicolas Delaunay
D'après le recherche de Gael Le Roux

Une équipe de chercheurs de l'Université de Liège mène une étude sur les tourbières des Hautes Fagnes. Grâce aux particules retrouvées dans celles-ci, ils espèrent retracer la pollution et le climat de ces 10.000 dernières années et, à terme, aider les modèles climatiques actuels à prévoir le climat futur de notre planète.

Les Hautes Fagnes ne sont pas qu’un paradis pour randonneurs amoureux de nature ! Depuis peu, cette réserve naturelle a trouvé grâce aux yeux d’une poignée de géologues de l’Université de Liège. Leur spécialité ? La carotte de tourbe ! Ce n’est bien sûr pas un plat au menu d’un restaurant ardennais, mais un échantillon de terre prélevé dans une tourbière. A l’aide d’un appareil manuel des plus simples, nos scientifiques sont à même de prélever des échantillons de forme cylindrique jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur, un peu à la manière des carottes de glace, mais avec de la tourbe. Mais pourquoi prélever de la tourbe ?

carotte tourbe

 

10.000 ans sous les yeux

« Les tourbières sont de véritables archives environnementales, explique Gael Le Roux, géochimiste français intégré au laboratoire AGEs (Argiles, Géochimie et Environnement sédimentaires), leur acidité, leur humidité et leur fraîcheur leur permettent de conserver parfaitement des particules telles que les pollens, les poussières atmosphériques ou d’éventuelles pollutions aux métaux lourds.» Grâce à ces prélèvements, il est possible de remonter le temps jusqu’il y a 10.000 ans.

Les tourbières sont
de véritables
archives environnementales

«Le principe est simple, continue le scientifique breton, les tourbières se forment par accumulation progressive de matière organique, couche par couche. A chaque fois qu’une couche se forme, elle emprisonne toute une série de particules atmosphériques. Donc, plus on creuse profond, plus les particules rencontrées sont anciennes. La datation au carbone 14 permet quant à elle de déterminer très précisément leur âge.» L’analyse de ces particules plus ou moins anciennes peut se révéler particulièrement intéressante à l’heure d’étudier les grands changements climatiques ou les pollutions de notre époque.

Des pollens millénaires...

Un des objectifs, donc, de l'étude menée par les géologues de l'Université de Liège est de déterminer le lien entre les changements climatiques de ces 10.000 dernières années et les particules trouvées dans la tourbe. Pour ce faire, deux catégories de particules sont analysées. Les résultats et conclusions de l'étude seront intégrés à des modèles climatiques. Le but de ces modèles étant, à terme, de pouvoir prédire le climat futur de notre planète.

D'une part, l'analyse des pollens conservés dans les tourbières permet de reconstituer le couvert végétal (arbre, fleurs, plantes, etc...) d'une époque particulière. «La relation entre le climat et le couvert végétal est évidente: nous avons pu observer, pour certaines époques, une augmentation ou une diminution de certaines espèces d’arbres comme le noisetier ou l’aulne. Or, nous savons pour avoir étudié ces espèces à notre époque, que cette variation est due à des changements de climat. C'est la preuve qu'à un moment donné, il faisait plus chaud ou plus froid dans les Hautes Fagnes.»

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