Article rédigé par Philippe Lecrenier
D'après les recherches de Nathalie Fagel
Le courant marin profond Nord Atlantique (NADW) est l’un des deux moteurs de la circulation océanique mondiale. Nathalie Fagel, sédimentologue de l’Université de Liège, s’y intéresse depuis 1994. Elle étudie des prélèvements de sédiments de la région Nord Atlantique pour tenter de comprendre les variations de ce courant et des branches qui l’alimentent. Quel impact ce genre de variation des courants peut-il avoir ? Y a-t-il des précédents dans le passé ? Comment fonctionne la circulation océanique? Ce sont les principales questions que se pose la chercheuse liégeoise.
«Ces cinquante dernières années, un des trois courants qui alimentent le courant nord atlantique profond (NADW), celui qui se trouve à l’ouest de l’Islande, a ralenti de près de 20%, explique Nathalie Fagel. La question est de savoir si la variabilité actuelle qui est extrêmement rapide va pouvoir être compensée par d’autres branches de la circulation océanique profonde ou si ça va avoir un impact sur un ralentissement potentiel du NADW et de la circulation océanique globale.» Il faut savoir que cette circulation, la circulation thermohaline (thermo pour température, haline pour la salinité de l’eau, Ndlr) redistribue la chaleur entre les deux hémisphères. Ce qui régule en partie l’équilibre thermique de notre climat. Il existe actuellement deux sortes de courants marins. Les courants marins profonds et les courants marins de surface. La région atlantique au large de Terre Neuve est le lieu de naissance, de convection d’un des deux courants marins profonds, le courant nord atlantique (NADW). L’autre se formant dans l’Océan Austral. Pourquoi les eaux y plongent-elles au plus profond des océans? Simplement parce qu’elles sont plus denses. De part leur situation géographique, les masses d’eaux sont très froides. De plus, les glaces, en se formant, rejettent le sel de l’eau de mer. Ces eaux froides à forte teneur en sel ont donc une masse plus élevée que la moyenne et descendent au fond de l’Océan Atlantique. Elles entament alors un grand voyage à travers les eaux du globe pour alimenter d’autres courants comme, en fin de course, le Gulf Stream.
Nathalie Fagel s’est intéressée avec des chercheurs du GEOTOP de Montréal à ce lieu de convection. Non pas pour savoir comment il se forme, c’est connu depuis longtemps. Mais bien pour étudier les variations de la circulation océanique profonde de cette région pendant l’Holocène, la période interglaciaire dans laquelle nous nous trouvons, qui a débuté il y a 11 500 ans. « On pensait jusqu’il y a peu que la circulation océanique actuelle s’était mise en place relativement vite après le dernier maximum glaciaire, il y a 20000 ans, quand les glaces de la période glaciaire commençaient à fondre, confie Nathalie Fagel. «Pourtant, grâce aux études récentes, on remarque que la circulation actuelle est très jeune. Les dernières modifications remontent à environ 3000 ans.»
Des études sur la variation de ces courants avaient déjà été faites dans le passé, comme le précise Quentin Simon, doctorant travaillant avec Nathalie Fagel. «On connait beaucoup de variations, mais à des échelles énormes. Par exemple, les cycles glaciaires et interglaciaires. Avec Nathalie, nous étudions les variations sur les 10 derniers milliers d’années, qui sont beaucoup plus faibles et plus difficilement observables. Donc forcément, ce sont des phénomènes moins connus. Longtemps, les chercheurs ont considéré que la période interglaciaire dans laquelle nous vivons était une période très stable. Mais il y a eu beaucoup de petites variations. Nous essayons de comprendre quel est leur impact sur le climat.»