Paul Jaspar, figure marquante de l’architecture liégeoise
04/12/09

Un environnement propice et une formation solide

Né en 1859 à Liège au sein d’une famille bourgeoise, Paul Jaspar va bénéficier, dès sa plus tendre enfance, d’un environnement familial tourné vers la modernité et, surtout, dominé par un père, Joseph Jaspar, dont il va largement profiter des réseaux. «Il n’est pas improbable qu’il ait été franc-maçon, précise d’emblée Sébastien Charlier, mais les axes de force sur lesquels il va indéniablement s’appuyer, du moins à l’entame de sa carrière sont, effectivement les réseaux professionnels de son père et, ensuite, ses contacts avec Paul Hankar, dont il est le beau-frère…» Industriel liégeois talentueux, Joseph Jaspar a entamé sa carrière dans le domaine de l’électricité, en pleine expansion en cette fin de 19ème siècle. Il perfectionnera ainsi le régulateur de la lampe à arc mise au point par un physicien français, produira des petits appareils électriques et se lancera dans la production industrielle de la dynamo de Gramme. Le succès, soutenu par quelques inventions personnelles, assure à la famille un bien-être social et matériel dont profitera Paul Jaspar. Après la mort de son père, Paul occupera même la présidence de l’entreprise familiale qui se fera une réputation mondiale en concevant des ascenseurs. En 1875, le jeune Paul s’inscrit à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège, où il suivra durant deux ans des cours de composition et de perspective, de dessin et d’architecture, avant de migrer vers Bruxelles et s’inscrire à l’Académie royale des Beaux-Arts, qu’il quitte en 1883. Le peu d’intérêt qu’il marque pour les cours pousse le Liégeois « à trouver ailleurs l’émulation qu’il est venu chercher dans la jeune capitale belge ». C’est l’époque où il se lie d’amitié avec plusieurs étudiants dont…Victor Horta et Paul Hankar ! Jaspar profite de ses amitiés pour approfondir sa connaissance de l’architecture. En effectuant un stage de plusieurs années chez Henri Beyaert, l’un des architectes belges renommés en cette fin de 19ème siècle, Jaspar va bénéficier des enseignements de l’un des grands maîtres de son époque, dont il retirera deux éléments récurrents dans son propre parcours : le souci de la rigueur et de la précision d’une part et celui de l’organisation de la décoration, toujours sous-tendu par la rationalité de l’autre. «Plus encore que la qualité du dessin, écrit encore Sébastien Charlier, Jaspar reprend chez Beyaert une formule fondamentale qui caractérise l’ensemble de sa production : la franchise des matériaux.» Et l’architecte en devenir va sans cesse, tout au long de sa carrière, osciller entre les courants classique et moderne, entre Beyaert et Hankar. « La décoration chez Jaspar, explique encore Sébastien Charlier, est toujours réfléchie, esthétique certes, mais toujours fonctionnelle. En revanche, à cet égard, il ne soutient pas la comparaison avec Victor Horta, tout simplement parce que sa clientèle est moins aisée que celle du maître de l’Art nouveau et qu’il disposait donc moins de moyens. En outre, sa décoration apparaît comme plus répétitive aussi…» Après son passage chez Beyaert, Paul Jaspar va partir, après un séjour à Paris, en Italie, patrie du classicisme par excellence. Durant son périple, on le verra ainsi à Rome, à Naples et à Florence, où il reçoit la commande de la villa Clochereux (à Lincé), ce qui l’obligera d’ailleurs à écourter son séjour sur place. En 1884, armé pour se lancer dans sa propre production, il est de retour à Liège, où il retrouve son frère Emile, décorateur, avec lequel il entretiendra une solide amitié, mais avec lequel aussi il collaborera de longues années. Pour Jaspar, le carnet de commandes commence à se remplir, «la reconnaissance est au rendez-vous». Il devient membre correspondant de la Société centrale d’Architecture de Belgique puis, dix-huit ans plus tard, définitivement ancré dans sa ville natale, membre correspondant de l’Institut archéologique liégeois.

Salle Renommée

 

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