Forêts et prairies: des puits de carbone
20/11/09

Si les zones de culture et les tourbières sont des émetteurs nets de carbone, les forêts et les prairies sont des "puits". Ces véritables «banques» de carbone, capables de capitaliser celui-ci ou de le relâcher plus ou moins rapidement, méritent d'être analysées à la loupe.

Les océans et la végétation : si ces deux gigantesques puits de carbone n’existaient pas, la planète Terre ne serait qu’un brûlot invivable pour la plupart des espèces animales et végétales. A eux seuls, ils parviennent à capter et à recycler la moitié du gaz carbonique d’origine anthropique émis dans l’atmosphère, responsable -avec d’autres gaz- du réchauffement du climat. Mais qu’en sera-t-il demain ? Comment ces deux gigantesques «tampons» naturels pourront-ils jouer leur rôle modérateur, alors que chaque jour qui passe voit 35 millions de tonnes de CO2 supplémentaires aboutir dans l’atmosphère ? (1)

Fondamentale pour l’avenir de nos sociétés, une telle question fait l’objet d’une intense curiosité dans les organismes de recherche du monde entier. L’Europe n’est pas en reste. Pendant une quinzaine d’année, le réseau CarboEurope, qui regroupe une centaine d’institutions scientifiques disséminées dans l’Union européenne (soit une cinquantaine de sites étudiés), a travaillé d’arrache pied à mieux connaître les flux de carbone et, à travers ceux-ci, à dresser le bilan carboné de l’Europe continentale. Grâce à ces efforts soutenus, on sait aujourd’hui que les écosystèmes terrestres européens (Russie incluse) séquestrent environ 205 Téragrammes de carbone par an (téra = un million de millions, soit 1012). Le terme «séquestrer» signifie que ces écosystèmes absorbent davantage de CO2 qu'ils n'en émettent. Pour rendre ces chiffres plus concrets, on peut les comparer aux émissions annuelles dans l’Union : ces 205 Tg constituent 12 % des émissions totales de CO2 ou encore 70 % des émissions liées uniquement au transport terrestre. C’est loin d’être négligeable.

cycle carbon

Sans surprise, les forêts se taillent la part du lion dans ce bilan. Elles séquestrent deux à trois fois plus de carbone que les prairies, soit 220 Tg pour les premières et 85 Tg pour les secondes (les cultures et les tourbières, elles, sont des émetteurs nets respectivement de 33 et 67 Tg, ce qui explique que l'ensemble des écosystèmes européens séquestre 220 + 85 – 33 – 67 = 205 Tg). Sans surprise, vraiment, le rôle des forêts ? Marc Aubinet, qui dirige depuis près de dix ans l’Unité de physique des biosystèmes de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège) et deux stations de mesure intégrées à CarboEurope (à Vielsalm en Ardenne et à Lonzée en Hesbaye), invite à ne pas sous-estimer l’importance d’une telle découverte. «On se doutait évidemment qu’à travers la photosynthèse et la fabrication de la biomasse les forêts européennes jouaient pleinement leur rôle de puits de carbone, surtout pendant la période printanière et estivale. Mais il ne faut pas oublier qu’une bonne part de ce carbone est respiré par les plantes elles-mêmes ou par les micro-organismes du sol, et renvoyée dans l’atmosphère. Au total, il n’est pas si facile de chiffrer la séquestration nette qui résulte de ces deux processus antagonistes. On se demandait aussi, par exemple, si les forêts plus anciennes ne jouaient pas un rôle inverse, relâchant -via la respiration- des quantités plus importantes de carbone que ce qu’elles absorbent. Grâce à CarboEurope, on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. Même des forêts âgées (cent ans et plus) stockent le carbone.»

 

(1)« Avis de tempêtes », Jean-Louis Fellous, Odile Jacob, 2003.

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