En suivant l’échelle de la conscience…
18/09/09

«Dans les équipes, il n’est pas si facile de changer ses habitudes et d’introduire des outils qui viennent s’ajouter aux examens déjà utilisés et dont nous avons l’habitude, admet le Pr Laureys. Néanmoins, ceux qui prennent en charge ces patients savent à quel point cette tâche peut être difficile et frustrante. L’amélioration de nos connaissances les concernant ne peut être perçue que comme un plus. De surcroît, la pose d’un bon diagnostic est essentielle pour le pronostic, l’éventuelle décision d’arrêt thérapeutique ou la mise en place de traitements…» Actuellement, faute de toujours déterminer l’état des patients, on risque de cesser des rééducations chez ceux que l’on étiquette, à tort, en état végétatif. Ou on ne leur prescrit pas d’antidouleurs alors qu’il le faudrait. Ou on ne leur proposera pas toutes les thérapies en développement.

Les nouvelles pistes de traitements

«Par hasard, une équipe sud-africaine a découvert qu’un médicament destiné au sommeil permettait à certains des malades en état de conscience minimale de retrouver la conscience et de communiquer… pendant la durée d’action de la molécule», relate le Pr Laureys. Cette action, «miraculeuse» quand elle se produit, fait actuellement l’objet d’une étude menée à Liège en collaboration avec une équipe chinoise menée par le Dr Haibo Di. Par ailleurs, un autre médicament, mais un antiviral, cette fois, active également le cerveau de certains malades : ces derniers ne communiquent pas lorsqu’ils le prennent, sinon éventuellement en prononçant quelques mots, mais leur état s’améliore. Ils parviennent, par exemple, à manger par la bouche. Certes, cet effet est moins spectaculaire que celui produit par la première substance utilisée. Mais il fonctionne dans un plus grand nombre de cas. Là encore, une étude est en cours mais l’équipe liégeoise a déjà démontré son effet sur le cerveau des patients en état de conscience altérée en utilisant le PET scan (2) .

evaluation conscience

D’autre part, en 2000, le Lancet a publié les travaux du Pr Laureys, concernant la récupération de la connectivité entre le cortex et le thalamus chez ces patients. «Lorsqu’une personne récupère en passant de l’état végétatif à celui de conscience minimale, ce qui change dans son cerveau, c’est la connexion entre le thalamus et une partie de la matière grise, détaille le Pr Laureys. Après ces observations, l’équipe de Nicolas Schiff de New York avec qui nous collaborons, a développé l’idée de placer un stimulateur à cet endroit du thalamus, ce que l’on fait pour d‘autres pathologies, comme par exemple la maladie de Parkinson.» Cette technique invasive, pour laquelle on ne peut, par la force des choses, obtenir l’accord du patient, n’est envisagée qu’avec le consentement éclairé de sa famille. Il est prévu que des patients en état de conscience altérée seront implantés avec de tels stimulateurs cérébraux au CHU de Liège.

A l’assaut de l’inconscience

L’utilisation, en routine, de la CRS-R, s’inscrit, finalement, dans le mouvement global de progrès réalisés tant au chevet du malade que dans la compréhension globale du fonctionnement de notre cerveau. Ces dernières années, de véritables bonds en avant ont été accomplis, en grande partie grâce à l’apport de l’imagerie médicale. Une batterie de tests de plus en plus sophistiqués bénéficie à chaque patient. A Liège, la collaboration étroite entre l’équipe de Laureys et les médecins du CHU contribue à optimiser ces examens. Et l’hôpital reçoit régulièrement des malades venant de l’étranger pour une mise au point complète et pour participer à des protocoles de recherches.

(2) Measuring the effect of amantadine in chronic anoxic minimally conscious state Schnakers C, Hustinx R, Vandewalle G, Majerus S, Moonen G, Vanhaudenhuyse A, Laureys S Journal of Neurology Neurosurgery and Psychiatry 79 (2008) 225-227

 

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