En suivant l’échelle de la conscience…
18/09/09

Dans cet état végétatif, l’ouverture des yeux est désormais possible, soit spontanément, soit en réponse à une stimulation. Des mouvements oculaires peuvent apparaître également, mais sans véritable poursuite du regard. En fait, les réactions du malade restent des réflexes : il n’a ni langage ni interaction avec les autres. Cet état végétatif devient parfois permanent : toute possibilité d’amélioration est alors réduite au minimum. «Selon des études américaines, quand le coma initial a été provoqué par un traumatisme crânien, on estime qu’il n’y a plus d’espoir de voir le malade revenir à lui après un an vécu en état végétatif. Si le coma initial est dû à une anoxie, comme par exemple après un arrêt cardiaque, ce délai tombe à trois mois. En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu d’exception à ce constat», souligne le Pr Laureys, qui sait combien cette situation d’altération chronique de la conscience peut faire naître de dilemmes éthiques douloureux pour la famille et pour l’équipe soignante. Actuellement, un homme vit dans cet état depuis plus de 32 ans.

Puisque l’état végétatif chronique est porteur d’un pronostic très sombre, de quoi sont donc atteints ces hommes ou de ces femmes dont la presse annonce parfois, généralement à grands cris, qu’ils viennent d’émerger du coma (sic !) après des années et des années d’inconscience ? Eh bien, ces malades se trouvent à un stade supérieur de la conscience : ils sont dans ce qu’on appelle, depuis 2002, un «état de conscience minimale.»

Un pâle reflet de la conscience

Les travaux du Pr Laureys sur le comportement des patients et sur le fonctionnement de leur cerveau (via le Pet-scan) ont contribué de manière significative à comprendre et à imposer cette nouvelle classification, essentielle. Les malades concernés, même s’ils ne communiquent pas, ne réalisent pas uniquement des mouvements réflexes : sporadiquement, ils montrent un pâle reflet de conscience. Clairement, depuis cette découverte, les médecins qui, à tort, avaient jugé que cette nouvelle catégorisation de l’état de conscience ne présentait que peu d’intérêt ou qu’elle était, somme toute, bien artificielle, ont été condamnés à revoir leur copie. «Aux yeux du corps médical, c’est toute l’image de ‘pauvres malades sans communication possible’ qui a été bouleversée, admet le Pr Laureys.» D’ailleurs, invité au Vatican il y a quelques années pour y commenter ses travaux, le Dr Laureys avait dû s’imposer pour préciser que la découverte de réactions intentionnelles chez les personnes en état de conscience minimale ne justifiait pas pour autant les considérations «pro-life» à l’égard de tous les autres patients en état végétatif, comme l’auraient souhaité ses hôtes…

«En fait, ces patients ont des réactions comportementales minimales mais précises et une interaction significative avec leur environnement. Ils vont, par exemple, serrer la main sur demande, suivre un objet des yeux, suivre le miroir où ils se voient, rire ou pleurer de façon adéquate, précise le neurologue. Leur cerveau réagit, aussi, à l’appel de leur prénom : cet élément, qui est semble-t-il un des marqueurs de la conscience de soi, est actuellement étudié dans notre centre afin de confirmer son intérêt lors de l’examen des malades. Plus fondamentalement encore, ces derniers ressentent des émotions – nous l’avons démontré dans une étude de 2004- et ils éprouvent des douleurs – le Dr Mélanie Boly l’a également prouvé, à Liège, en 2008 (voir les images). Et, surtout, ils font partie de ceux qui, un jour, ont une chance de s’éveiller…» Comme Terry Wallis.

Lorsque cet Américain accidenté près de vingt ans plus tôt est récemment «revenu à lui», il a prononcé – cela ne s’invente pas !- les mots «Maman» et «Pepsi» ! Mais contrairement à ce qu’on a pu lire dans certains journaux, Terry Wallis ne sortait évidemment pas du coma. Joseph Giacino, qui avait pu l’examiner, confirme qu’il était bel et bien plongé dans un état de conscience minimale. L’homme, que la vue de certaines images de voitures américaines faisait grogner lorsqu’il était encore «inconscient», a eu la chance – rarissime- de traverser les stades qui l’ont ramené à la conscience. Et qui lui ont permis de découvrir que sa fille avait désormais 20 ans…

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