Le labo qui pique juste où il faut
14/01/09

Environ 20 % des 750 000 plantes recensées à la surface de la planète pourraient disparaître dans les trente prochaines années. Dans les pays du Sud, cette érosion accélérée de la biodiversité risque d’avoir un impact brutal et dramatique : la disparition d’innombrables médicaments potentiels et des savoir-faire traditionnels qui y sont associés. Avec des partenaires locaux (universités et ONG), le Service de pharmacognosie de l’ULg tente de valoriser ce patrimoine biologique et culturel au profit des communautés locales. Sa spécialité : la lutte contre la malaria (paludisme).

Cinchona pubescens FROn connaissait le taxol et ses dérivés issus de l’if, utilisés dans la lutte contre le cancer, la quinine, provenant du quinquina, toujours utilisée comme antipaludique, ou encore la morphine, extraite du pavot, l’analgésique le plus employé dans le monde. On connaît sans doute un peu moins les extraits de millepertuis, destinés à combattre les formes légères et modérées de dépression. De même que la vincristine et la vinblastine, obtenues à partir de la pervenche de Madagascar et utilisées notamment pour guérir certaines leucémies. Ou encore l'artémisinine, issue d'une plante chinoise, et maintenant recommandée par l'OMS comme traitement de première intention de la malaria. Mais, demain ou après-demain, si les résultats des recherches menées à Liège se confirment, on devrait apprécier à leur juste valeur thérapeutique des plantes encore moins connues - Dicoma tomentosa, Fagara chalybea, Strychnos usambarensis – dans la lutte contre la malaria.

Le Service de Phamacognosie du Département de Pharmacie de l’ULg s’intéresse de près aux substances naturelles, aux plantes médicinales et aux traditions ancestrales qui y sont associées. «Dans les années quatre-vingt et nonante, les firmes pharmaceutiques se sont détournées de cette discipline, constate Michel Frédérich, maître de recherches du FNRS. Les formidables progrès de la chimie combinatoire, notamment, ont poussé à croire qu’on pouvait se passer de la connaissance approfondie de la nature et des plantes. Aujourd’hui, on fait partiellement marche arrière : on réalise que cet «oubli» s’est opéré au détriment de la diversité des moyens thérapeutiques. Les structures chimiques que l’on observe dans la nature ne peuvent pas toujours être obtenues par synthèse chimique.»

La malaria tue un enfant toutes les 30 secondes

Si les chercheurs liégeois ont braqué leurs projecteurs sur la malaria, ce n’est pas par hasard. La «maladie du Plasmodium» – du nom du parasite transmis par la piqure de certains moustiques (du genre Anopheles) – tue un million de personnes chaque année dans le monde. Les enfants en bas âge en sont les premières victimes. A tel point qu’en Afrique le paludisme tue trois fois plus d’enfants que le virus du Sida (HIV)! Faute de solvabilité des victimes, cette maladie est loin d’être la priorité des firmes pharmaceutiques. Du reste, les multinationales n’ont qu’un intérêt modéré pour les matières strictement végétales, car la brevetabilité du vivant stricto sensu leur est interdite.

La démarche de l’ULg se veut essentiellement ethno-pharmarcologique. Elle consiste à entrer en contact, dans les régions où sévit le paludisme, avec les «tradipraticiens» qui, au cœur des villes et surtout des campagnes, connaissent bien les plantes et les utilisent couramment à des fins thérapeutiques. «Travailler avec un partenaire local est indispensable, commente Michel Frédérich. Ce n’est pas nous, Européens, qui allons naïvement débarquer sur un marché africain et réclamer à ces «sorciers» – j’insiste sur les guillemets – qu’ils nous livrent leurs secrets de fabrication. Nous devons les sensibiliser, via nos partenaires du Sud, aux «retours» qu’ils peuvent attendre de nos analyses. Il peut s’agir, par exemple, d’informations sur la toxicité de certaines plantes, sur d’éventuels effets pervers ou sur l’efficacité variable des matières actives selon la partie de la plante utilisée ou la période de récolte.»

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