Le labo qui pique juste où il faut
14/01/09

Le «renvoi d’ascenseur» aux pays du Sud peut prendre d’autres formes. Au Burkina Faso, Jardins du Monde s’applique à réunir les tradipraticiens au sein de centres de santé pour favoriser l’échange de savoirs et pour encourager la culture des plantes médicinales dans des jardins de proximité. Pour certaines plantes, le travail des universités et des ONG s’apparente à une course contre la montre. «A peine 6 à 10 % des plantes décrites dans la littérature scientifique sont aujourd’hui examinées sur le plan chimique et/ou pharmacologique, relève Olivia Jansen, assistante doctorante au Laboratoire de pharmacognosie. Or de nombreuses espèces sont en voie de disparition : on estime généralement qu’une espèce végétale sur cinq disparaîtra dans les trente prochaines année». Parfois, par exemple dans un milieu de savane sèche et lorsque c’est la partie racinaire d’une plante qui est la plus active contre le parasite, il faut procéder à des mises en culture sans tarder si l’on veut garantir la gestion durable de cette ressource.

D’autres types de «retours» aux pays du Sud sont déjà pratiqués ou envisagés, en collaboration avec les universités et les services médico-sociaux locaux. Jardins du Monde organise ainsi des formations à la santé – au sens global - en mettant l’accent sur le rôle des femmes : prise en charge des pathologies les plus courantes par les plantes médicinales locales, sensibilisation aux gestes hygiéniques de base, valorisation de plantes alimentaires particulièrement riches en nutriments essentiels, etc.

Racine FagaraAu Rwanda, l’objectif de l’ULg consiste, à terme, à implanter un laboratoire léger d’analyse pharmaceutique, avec l’aide de la coopération au développement. Une telle infrastructure pourrait remplir des missions bien utiles, en toute indépendance par rapport aux enjeux commerciaux des multinationales pharmaceutiques : la mise au point locale des médicaments traditionnels améliorés (sous la forme de gélules, de pommades, de sirops, etc.), mais aussi l’analyse pointue des médicaments traditionnels, voire l’identification des médicaments falsifiés qui ne cessent d’envahir – comme en Europe – le continent africain.

Reconnue sur le plan international, l’expertise du Service de pharmacognosie de l’Ulg s’étend sur près de trente années. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver des chercheurs issus des quatre coins du monde : Congo, Rwanda, Guinée, Burkina Faso, Bénin, Ile Maurice, Brésil, Colombie, Géorgie, Ouzbékistan, Canada… dans le cadre de programmes financés par la Coopération universitaire au développement (CUD), le FNRS, l’AUF (Agence Universitaire de la Francophonie) et des fonds européens. En 2008, 7 chercheurs étrangers y étaient actifs, en plus des six chercheurs liégeois impliqués dans les travaux.

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