Le labo qui pique juste où il faut
14/01/09

plasmodium falciparum FRChaque fois qu’ils le peuvent, les scientifiques liégeois tentent de collecter eux-mêmes les plantes les plus susceptibles d’intervenir comme remèdes. Ils récoltent des «herbiers» les plus complets possibles : semences, feuilles, fleurs, fruits, etc. Avec leurs aidants locaux, ils tentent également de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie des «tradithérapeutes». Certains sont des charlatans, d’autres sont d’excellents soignants, parfaitement capables de venir à bout de la malaria. Certains travaillent même en parfaite harmonie avec les centres de santé officiels et les hôpitaux. D’autres, enfin, sont animés d’excellentes intentions, mais ne sont pas à l’abri d’erreurs d’identification, de manipulation et de dosage.

Identifier les principes actifs

L’identification exacte de la plante est évidemment une étape fondamentale. Les risques d’erreur sont nombreux, ne fût-ce qu’en raison des nombreux dialectes pratiqués dans les pays visités. Combien de plantes taxonomiquement différentes, en Afrique ou en Asie, ne portent-elles pas le même nom vernaculaire ! L’aide des botanistes, éventuellement – en cas de doute – ceux du Jardin botanique de Meise ou du Muséum d’Histoire Naturelle (Paris), est souvent sollicitée. Après l’identification vient le stade de la validation. Il consiste à identifier les principes actifs responsables de l’effet thérapeutique observé sur le terrain et à maximaliser ses effets par la mise au point d’un médicament traditionnel amélioré (MTA). Vaste tâche, car le paludisme est une maladie complexe : avant de s’installer dans les globules rouges et de se manifester par les traditionnels symptômes (fièvres, tremblements, jaunissement des yeux et de la conjonctive, blanchissement de la paume des mains, pertes de connaissance, etc.), le parasite transite durant plusieurs jours par le foie. «Nous nous concentrons exclusivement sur le stade sanguin du Plasmodium falciparum, la seule espèce du parasite infectant l'homme à être mortelle», explique Michel Frédérich.

Test in vitro plantes

En collaboration avec le service de Microbiologie Médicale du Professeur De Mol, le Laboratoire de Pharmacognosie analyse actuellement une quarantaine d’espèces végétales récoltées essentiellement au Burkina Faso et au Rwanda. Dans le premier pays (600 000 cas de paludisme recensés chaque année, dont un tiers chez les moins de cinq ans !), il collabore avec Jardins du Monde. A la demande des populations locales, cette ONG française réalise des enquêtes ethnobotaniques, recense l’usage des plantes médicinales dans les pays du Sud et tente de valoriser localement les espèces dont l’efficacité et la non toxicité ont été scientifiquement démontrées. Plusieurs plantes analysées à Liège montrent, à ce stade, une activité anti-Plasmodium intéressante. Il reste à en fractionner les extraits, à tenter d’isoler les substances pures actives contre le parasite, et à identifier ces principes actifs par différentes techniques spectroscopiques (spectrométrie de masse, résonance magnétique nucléaire).

Page : précédente 1 2 3 suivante