A(H1N1) : l’Etat face aux risques de pandémie 
09/08/12

En étudiant, du point de vue juridique et politique, le contrat d’achat du vaccin Pandemrix, des chercheurs ont analysé la place et le rôle que l’Etat belge se donne au sein de la société d’aujourd’hui. Une question qui en dissimule bien d’autres relatives aux mécanismes de pression, au pouvoir des Etats, des groupes pharmaceutiques ou de l’OMS et à la relative neutralité des experts.

Cover-CRISP-AH1N1001Aujourd’hui, l’évocation de la grippe A(H1N1) fait sourire. En définitive, ce virus aura coûté beaucoup d’argent aux contribuables, sans avoir été réellement dangereux. Infiniment moins en tout cas que son cousin responsable de l’épidémie de « grippe espagnole » au sortir de la Première Guerre mondiale. L’épidémie annoncée fut finalement moins grave qu’une grippe saisonnière, et le sujet est tombé dans l’oubli depuis longtemps. Pourtant, il y a trois ans, au moment où le risque d’épidémie effraie, c’est bien d’une véritable crise mondiale dont il s’agit. Et les gouvernements doivent trouver leur place et assumer dans l’urgence leurs responsabilités dans un contexte qu’ils ne comprennent pas, qui les dépasse.

Le 24 avril 2009, quelques cas de grippe d’une souche mutante et a priori particulièrement virulente sont recensés au Mexique et aux Etats-Unis. A peine une semaine plus tard, 13 pays sont atteints dans cinq régions du monde. Le 8 mai, 25 pays recensent des personnes ayant contracté la maladie. Le 12 mai, le virus passe les frontières de la Belgique. 34 pays cumulent alors 7500 personnes touchées dont 65 d’entre elles ont trouvé la mort.

En moins de vingt jours, le virus s’est propagé aux quatre coins du globe et provoque une crise de panique internationale. La possibilité d’une pandémie, déclinée à toutes les sauces, devient rapidement un risque avéré pour les autorités publiques. « Au-delà de ce risque, ajoute François Thoreau, aspirant F.R.S-FNRS au Spiral de l’Université de Liège, au moins quatre autres facteurs conduisent les gouvernements à devoir prendre une décision rapide pour prévenir la propagation du virus dans une situation compliquée. L’urgence alléguée, tant du point de vue des discours scientifiques que politiques ; une information quasi monopolistique, alarmante et lacunaire de l’OMS ; le nombre limité de fournisseurs de vaccins et les menaces de pénurie sur les stocks disponibles, et enfin, l’extraordinaire écho médiatique, qui ne laisse personne indifférent. »

Un vaccin rapidement mis sur le marché

Le 22 juillet 2009, le gouvernement belge, à l’initiative combinée des cabinets ministériels de l’intérieur et de la santé publique, et suite à de nombreux rapports d’expertise, signe un contrat avec le groupe pharmaceutique GlaxoSmithKlein (GSK). Ce contrat, dans un premier temps, prévoit la livraison de plus de 12 millions de doses du vaccin Pandemrix pour un coût de 110 millions d’euros. « En raison de l’urgence perçue, explique François Thoreau, ce vaccin bénéficie d’une procédure accélérée d’autorisation de mise sur le marché par la Commission européenne. Son efficacité n’est donc pas entièrement garantie, mais il s’agit à ce moment-là de la moins mauvaise solution si on veut prévenir l’épidémie. »

A l’instar de la plupart des autres gouvernements européens, Laurette Onkelinx, alors ministre de la Santé publique, revoit le contrat à la baisse, en signant finalement pour 85 millions d’euros la livraison de 8 millions de doses. Fortement controversée et se voulant confidentielle, la teneur de ce contrat est malgré tout dévoilée dans un quotidien belge le 5 mai 2010. Dans une publication qui vient de paraître au CRISP, des chercheurs de l’ULg (François Thoreau et Nicolas Rossignol) et de l’UCL (Cédric Cheneviere) (1) ont passé ce contrat au crible pour fournir une analyse juridico-politique du rôle de l’Etat et de son devoir de responsabilité gouvernementale dans la gestion de cette crise.

(1) François Thoreau, Cédric Cheneviere, Nicolas Rossignol, Action publique et responsabilité gouvernementale: la gestion de la grippe A(H1N1) en 2009, in Courrier Hebdomadaire du CRISP, no. 2138-2139, 2012

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