Puberté précoce et DDT
11/07/08

Partant du constat que les enfants de l’adoption internationale présentent un risque 80 fois supérieur aux enfants autochtones de développer une puberté précoce, l’équipe du professeur Bourguignon a montré que le DDT, un insecticide interdit chez nous, peut entraîner une apparition précoce de la puberté, surtout chez les jeunes filles migrantes.

La précocité de la puberté a été constatée, depuis plusieurs années, dans nombre de pays, parmi lesquels la Suède, la France, le Danemark, les Pays-Bas, l’Italie ou encore la Belgique. Plusieurs études ont mis en lumière un nombre particulièrement élevé de pubertés précoces parmi les enfants migrants, dont ceux issus de l’adoption internationale.

enfants namibieC’est en travaillant sur la problématique de la croissance au sein d’un groupe de pédiatres endocrinologues issus des hôpitaux académiques du pays – le Belgian Study Group for Pediatric Endocrinology (BSGPE) -, que le professeur Jean-Pierre Bourguignon, pédiatre endocrinologue de l’Université de Liège, en est arrivé à traiter de ce sujet. Au sein de cette équipe, il proposa de tenir un registre des enfants examinés pour puberté précoce, un phénomène qui affecte bien davantage les filles que les garçons, dans une proportion de 10 pour 1. Les critères généralement retenus par les pédiatres endocrinologues pour définir une puberté précoce sont, d’une part l’apparition des seins (thélarche) avant 8 ans et des règles (ménarche) avant 10 ans. Dans ce groupe d’enfants, les médecins constatèrent que la puberté précoce avait été déclenchée pour trois raisons différentes : la moitié pour des raisons inconnues, idiopathiques, un quart pour des raisons organiques (tumeurs, séquelles d’une méningite, etc.), le dernier quart étant composé d’enfants migrants, dont la majorité issus de l’adoption internationale. Plusieurs hypothèses sont alors formulées. Pourrait être en cause, l’impact de l’ethnie, du climat, de la malnutrition, etc. «Mais aucune de ces hypothèses ne fournissait une explication satisfaisante, explique le professeur Bourguignon. Pour ces enfants migrants, l’on avait calculé que le risque de déclencher une puberté précoce était 80 fois supérieur aux autres enfants».

Au sein du Centre de Neurobiologie Cellulaire et Moléculaire (CNCM) de l’ULg et du Service de Pédiatrie du CHU de Liège, dont fait partie le professeur Bourguignon, deux éléments vont véritablement lancer la recherche pour tenter d’expliquer ce phénomène : d’une part, le constat qu’un grand nombre d’enfants qui développaient une puberté précoce étaient des enfants migrants et, d’autre part, l’étude - remarquée - de Marina Krstevska-Konstantinova (1), sur les enfants immigrés en Belgique provenant de divers continents.

Chercheuse macédonienne accueillie au CHU de Liège grâce à un subside de la Société Européenne d’Endocrinologie Pédiatrique, cette dernière rapporta en 2001 que parmi ces enfants migrants, certaines jeunes filles développaient une poitrine avant l’âge de 8 ans. D’autres études avaient montré que les filles de l’adoption internationale présentaient une ménarche significativement plus précoce que les petites filles du pays d’adoption aussi bien que celles restées dans le pays dans lequel elles vivaient. Elle postula qu’elles avaient été exposées à des contaminants en Belgique, contaminants dont elles auraient été préservées dans leur pays d’origine. Le dosage de huit pesticides organochlorés dans le sérum de ces enfants a en effet révélé la présence de DDE, un produit issu du DDT, l’insecticide organochloré bien connu et largement utilisé dans les pays d’origine de ces enfants.

 

(1) Krstevska-Konstantinova M., Charlier C., Craen M., Du Caju M., Heinrichs C., de Beaufort C., Plomteux G., Bourguignon J-P., Sexual precocity after immigration from developing countries to Belgium: evidence of previous exposure to organochlorine pesticides, Hum Reprod 2001 ; 16 : 1020-6.

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