Les animaux domestiques, nouvel Eldorado des généticiens
03/06/08

Des taureaux tarés…

rouge danoise C’est en suivant cette même approche de la génomique que le laboratoire de génétique animale de l’ULg s’est intéressé ces dernières années au génome de certaines races bovines très prisées des éleveurs. La sélection génétique des animaux d’élevage est sans doute aussi vieille que l’agriculture. L’homme a rapidement compris que son intérêt immédiat, pour reproduire son bétail, était de choisir les animaux présentant de prime abord les propriétés les plus intéressantes : docilité, force, résistance, quantité de viande, production laitière, etc. L’équation déjà connue de nos ancêtres pourrait se résumer ainsi : un bon mâle + une bonne femelle = promesse d’une belle descendance. Durant des milliers d’années, cette sélection génétique empirique a fixé aux quatre coins de la planète des races spécialisées et divergentes. Les éleveurs de montagne, par exemple, ont privilégié des animaux plus rustiques, de petite taille, adaptés au relief, tandis que les éleveurs de plaine sélectionnaient des animaux de plus grande taille.

Puis il y eut la révolution de l’insémination artificielle. Pour se reproduire, et donc disséminer ses gènes, un taureau ne doit désormais plus être physiquement présent lors de l’accouplement. Son sperme et une seringue suffisent... Et grâce aux techniques de congélation des semences, un même mâle reproducteur peut être papa non pas 10 fois, non pas 100 fois, non pas 1000 fois mais des millions de fois ! Il y a, par exemple, des dizaines de millions de bovins de la race Holstein dans le monde, mais ils descendent presque tous des mêmes «pères fondateurs», une poignée de taureaux vedettes dont le sperme a fait la fortune de leur propriétaire. Le problème c’est que l’un de ces pères fondateurs, un certain Invanhoe, avait au moins deux faiblesses génétiques qui se sont très largement répandues dans toute sa descendance. La première cause une déficience immunitaire mortelle dès la naissance, qui touche 1 veau sur 500. Les éleveurs américains ont évalué la perte économique annuelle à 5 millions de dollars ! Et la seconde tare, qui affecte 25 % de la race, peut causer des malformations vertébrales.

Holstein «Il est donc urgent, explique Carole Charlier, chercheuse qualifiée du FNRS, de surveiller l’émergence de ces maladies congénitales dans la population bovine, d’identifier le plus rapidement possible le gène responsable, de mettre au point un outil de diagnostic et d’offrir ces moyens aux éleveurs pour qu’ils évitent d’utiliser les bêtes atteintes à des fins de reproduction.» C’est précisément ce travail qu’a entamé voici quelques années Carole Charlier au sein du laboratoire de génomique animale dirigé par Michel Georges. Cinq maladies émergentes ont été sélectionnées, notamment en raison de leur impact économique : les deux formes de la dystonie musculaire congénitale (DMC1 et DMC2), le syndrome «de la queue déviée» (CTS), la lipofuscinose rénale (RL) et l’ichthyose fœtale.

 

Page : précédente 1 2 3 4 5 suivante