Bêtes et hommes
26/02/08

Les animaux transforment les humains ; l’animal est un étranger pour l’homme ; les animaux ont un métier; les animaux imposent des choix : autant d’affirmations qui choqueront peut-être, interpelleront sûrement. Philosophe et psychologue, Vinciane Despret analyse les rapports entre hommes et animaux dans un travail qui recoupe constamment plusieurs disciplines.

Dans sa Géographie, Kant décrit l’éléphant comme ayant «une queue courte avec de longs poils raides pour nettoyer les pipes». Deux siècles et demi plus tard, une information passionne les scientifiques : des éléphants ont attaqué des villages et bloqué des routes dans l’ouest de l’Ouganda. Un fait d’autant plus étonnant que les pachydermes sont peu nombreux dans cette zone à ce moment et que le nourriture n’y manque pas. On a remarqué des faits semblables ailleurs en Afrique, au point que les observateurs évoquent désormais l’émergence d’une génération d’éléphants «adolescents délinquants», phénomène dû sans doute au délitement du lien social résultant de l’extension du braconnage et d’un programme d’élimination. On évoquera même l’existence chez les pachydermes de «syndromes post-traumatiques» entraînant, pour eux, une incapacité à gérer leur stress et leur violence.

Cover Bêtes et HommesCet exemple seul, puisé parmi de multiples autres, illustre l’évolution de la relation des humains avec les animaux, aux animaux. Il résume aussi toute l’importance du travail de la psychologue et philosophe liégeoise Vinciane Despret. Dans une exposition dont elle fut la commissaire scientifique à la Grande halle de La Villette, à Paris, dans Bêtes et Hommes (Editions Gallimard), son dernier ouvrage elle pose une question fondamentale au monde moderne : «Avec qui l’homme moderne veut-il vivre, et comment ?».

En compagnie de Yolande Bacot, directrice de la programmation des expositions, et Catherine Mariette elle a, comme l’explique le trio, «travaillé, hésité, exploré, appris». Elle a tenté de suivre ces transformations qui engagent les hommes comme les bêtes, dans de nouvelles aventures relationnelles qui les obligent à redéfinir leurs identités respectives. Question de société, question fondamentale de la philosophie pour une chercheuse dont le travail recoupe constamment plusieurs disciplines, dont l’éthologie et, précisément, la philosophie. Dans son livre, illustré en outre d’innombrables oeuvres artistiques qui questionnent le monde du vivant et sa pérennité, Vinciane Despret dresse en fait un état de la recherche contemporaine dans ce domaine.

En quatre grands chapitres – Les animaux transforment les humains ; L’animal est un étranger pour l’homme ; Les animaux ont un métier ; Les animaux imposent des choix – elle ambitionne d’explorer «des situations dans lesquelles humains et animaux non-humains se sont transformés mutuellement, se sont affectés, ont échangé des propositions et modifié leurs relations». Parallèlement, mais chez Actes Sud cette fois, un autre de ses ouvrages, Etre bête, écrit avec Jocelyne Porcher, s’attarde sur le lien qui unit animaux et hommes qui sont au plus près du monde animal : les éleveurs.

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