Oestradiol, sex and sun
04/12/07

Lorsque l'œstradiol est produit dans le cerveau et non dans l'ovaire, ses variations de concentration peuvent être rapides et entraîner des effets rapides, eux aussi, sur le comportement reproducteur. Les biologistes du Centre de Recherche en Neurobiologie Cellulaire et Moléculaire de l'ULg en déduisent que les œstrogènes cérébraux revêtent les caractéristiques d'un neurotransmetteur. Des travaux menés chez la caille et la souris.

Quelles sont les bases neuroanatomiques sur lesquelles s'appuie le contrôle des comportements complexes des vertébrés supérieurs ? Depuis plus de trente ans, l'équipe du professeur Jacques Balthazart, du Centre de Recherche en Neurobiologie Cellulaire et Moléculaire (CNCM) de l'Université de Liège, s'intéresse à cette question à travers le comportement reproducteur de la caille japonaise (Coturnix japonica) et, plus récemment, de la souris.

Les chercheurs de l'ULg se sont focalisés sur l'interaction entre les stéroïdes (hormones) sexuels – testostérone (mâle), œstradiol (femelle)– et la dopamine, un neurotransmetteur impliqué non seulement dans le contrôle du comportement reproducteur mais également dans l'entretien des dépendances. A la faveur de ces études, qui ont trait à l'animal mâle, il est apparu que pour induire le comportement sexuel mâle, la testostérone doit paradoxalement être transformée en œstradiol dans le cerveau, et ce par une enzyme, l'aromatase. Ainsi, si l'on bloque l'activité de cette dernière, les effets de la testostérone sont annihilés ; l'animal est comme castré. Le comportement sexuel mâle est donc sous la coupe d'une hormone femelle, de sorte que Jacques Balthazart estime fondé de se demander si la terminologie usuellement employée – hormone femelle – a encore un sens.

En outre, on sait depuis une vingtaine d'années que le contrôle de l'aromatase dépend principalement de la testostérone, laquelle accroît, en partie via l'œstradiol issu de sa transformation, la transcription du gène codant pour l'aromatase et, par là même, l'activité de cette dernière dans le cerveau. En d'autres termes, il existe une espèce de boucle de rétroaction positive:

  • une fraction de la testostérone sécrétée par les testicules gagne le cerveau et y est partiellement transformée en œstradiol sous l'effet de l'aromatase ;
  • l'œstradiol produit permet alors l'expression du comportement mais, de plus, augmente la synthèse de l'aromatase qui l'a produit.

Ces phénomènes, qui impliquent notamment la transcription du gène de l'aromatase, la synthèse du RNA messager, puis de la protéine correspondante et enfin l'induction de l'activité métabolique, prennent de quelques heures à quelques jours. La latence de ces modifications neurochimiques est en accord avec l'idée largement acceptée selon laquelle les effets comportementaux des stéroïdes sexuels ne se manifestent qu'après deux ou trois jours.

Oestradiol - Schéma de reproduction FR

 

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